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Conseils de lecture sur le Covid-19 - Partie 4

Date de publication
Michaël Neuman
Michaël
Neuman

Directeur d'études au Crash depuis 2010, Michaël Neuman est diplômé d'Histoire contemporaine et de Relations Internationales (Université Paris-I). Il s'est engagé auprès de Médecins sans Frontières en 1999 et a alterné missions sur le terrain (Balkans, Soudan, Caucase, Afrique de l'Ouest notamment) et postes au siège (à New York ainsi qu'à Paris en tant qu'adjoint responsable de programmes). Il a également participé à des projets d'analyses politiques sur les questions d'immigration. Il a été membre des conseils d'administration des sections française et étatsunienne de 2008 à 2010. Il a codirigé "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de MSF" (La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (CNRS Editions, 2016).

Natalie
Roberts

Médecin de formation, Natalie a toujours souhaité rejoindre MSF. Après 9 ans de pratique, y compris au service des urgences à Bristol, elle rejoint MSF en 2012. Elle participe à différentes missions, aux Philippines, au Yémen, en Syrie, en RCA, en Ethiopie et en Ukraine. Avec l’aide de La Fondation MSF, elle suit un master « violence, conflict and development » à Londres, avant de rejoindre le département des urgences au siège de MSF à Paris. Elle travaille aujourd'hui comme directrice d'études au CRASH. 

Après quelques mois de répit, l’épidémie de coronavirus a repris sa croissance, à tel point que la 2e vague est devenue une réalité dans de nombreux pays d’Europe. L’équipe du Crash a donc décidé de vous présenter quelques-unes de ses lectures récentes sur les aspects biomédicaux, politiques et sociaux, histoire de tenter d’apporter un peu d’éclairage à cette bien tragique saison 2. Comme précédemment, les articles sont en anglais et en français, issus de sources ‘grand public’ ou plus spécialisées.

Retrouvez ici la première liste de lecture parue au mois d'avril, la seconde, publiée début mai, puis la troisième, parue en début juillet. 


1/ Transmission  

Un virus à peine moins nouveau qu’il y a quelques mois offre l’occasion de nombreux débats scientifiques, et même s’il se laisse découvrir de plus en plus, ses mécanismes et ses effets sur l’organisme restent largement discutés.

Les débats sur la transmission par aérosolisation font partie de ces discussions, même s’il est acquis aujourd’hui qu’une large partie de la transmission s’effectue effectivement par voie aérienne.

Une infographie de grande qualité de El Pais illustre ces mécanismes et les mesures préventives à prendre.
 
Dans le même temps, le débat, intense, sur la contagiosité des enfants et adolescents se poursuit. Marc Gozlan, dans son blog Réalités Biomédicales propose un état des lieux très instructif, de ce que l’on sait, ou pas.


2 / L’immunité

La question de l’immunité et du fonctionnement du système immunitaire face au virus reste également au cœur des discussions scientifiques : comment se caractérise la rencontre du virus avec le système immunitaire ? Le New Yorker propose de revenir sur les attaques portées par le virus contre le système immunitaire, alors que Lise Barnéoud s’intéresse, pour Médiapart aux mécanismes de l’immunité. Il paraît que le système immunitaire, c’est compliqué… Accrochez-vous.

Un article passionnant, un peu effrayant aussi, du South China Morning Post, décrit un mécanisme dont on craint qu’il rende une 2e infection par le virus plus grave que la première : le ‘antibody-dependent enhancement’
    

3/ Vaccins et traitement

De l’immunité, on passe naturellement à la vaccination, grande promesse de l’année 2021.

Le Vidal, sous la plume de Stéphane Korsia-Meffre, nous offre un tour d’horizons sur les essais en cours. 

La revue Nature présente dans un article également un peu technique mais très complet les phases de développement des vaccins contre le Sars-Cov-2. C’est une lecture qui peut être utilement complétée par celle-là, de la revue Science, destinée à comprendre sur qui repose l’efficacité des vaccins. 

Directrice d'études du Crash et co-auteur de cette liste, Natalie Roberts rejoint Nathalie Ernoult pour un article qui examine les implications de la promotion du vaccin en tant que bien commun, en soulignant les dangers liés à l'exagération de son importance, à la création d'attentes irréalistes et à la pression politique. 

Enfin, nous nous intéressons à la promesse vaccinale… pour la société d’une part – avec un article du Guardian. Et pour les industriels d’autre part – avec un article du Financial Times, qui décrit le marché gigantesque que le vaccin contre le coronavirus représente. 

Parce que le vaccin n’est encore qu’une promesse, la course aux traitements est également engagée.

Le magazine Science présente ce qui semble présenter la trajectoire pour le moins incertaine du Remdesivir: une semaine à peine après la signature par l'Union Européenne d'un accord d'une valeur potentielle d'un milliard de dollars pour l'achat de l'antiviral Remdesivir, un vaste essai clinique géré par l'OMS a montré que ce médicament ne réduit ni la mortalité ni le temps de rétablissement des patients de COVID-19. 

La promesse d’anticorps monoclonaux et nanoclonaux semble plus intéressante. Les chercheurs conçoivent des traitements d'anticorps plus avancés qui pourraient être moins chers, plus faciles à produire et plus puissants, ce dont Nature fait état. 

Enfin, une sélection du Crash Covid-19 sans un article sur la chloroquine n’en serait pas vraiment une. Dans cet article, une équipe de sociologues et d’historiens des sciences, dont Arnaud Saint-Martin, répondent à un autre sociologue, Laurent Muchielli, initialement connu pour son travail sur la délinquance et l’insécurité mais de plus en plus pour son parti-pris en faveur de Didier Raoult. 

A l’heure actuelle, comme on le sait, faute de traitement et de vaccin, reste donc la prévention, ou plutôt les ‘mesures non pharmaceutiques’ et en particulier, les masques. C’est pour nous l’occasion de nous replonger dans la science des masques, avec cet article de Nature dans lequel on lit : “ On ne peut pas faire des essais randomisés pour tout - et on ne devrait pas.” Comme les chercheurs cliniciens se plaisent parfois à le dire, les parachutes n'ont jamais été testés dans le cadre d'un essai contrôlé randomisé. 
(Et si l’on se souvient que Raoult disait précisément la même chose, on peut sans risque rétorquer qu’avaler des pilules et mettre un bout de tissu sur son visage, ça n’est pas précisément la même chose !)


4/ Dimension sociale et inégalités 

Praticiens des épidémies, nous connaissons l’importance de la dimension sociale des épidémies. Elle nous a de nouveau sauté aux yeux et nous l’illustrons ici par deux articles. Le premier, paru dans le Lancet, évoque le Covid-19 non comme une pandémie mais comme un syndémie. 
    
Deux catégories de maladies interagissent au sein de populations spécifiques : l'infection par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2) et une série de maladies non transmissibles (MNT). Ces maladies se rejoignent au sein de groupes sociaux en fonction d’inégalités profondément ancrées dans nos sociétés. L'agrégation de ces maladies sur fond de disparités sociales et économiques exacerbe les effets néfastes de chaque maladie distincte. 

Le second synthétise l’enquête « Epidémiologie et conditions de vie » qui s’est déroulée en France entre mai 2020. Elle aborde la question des inégalités sous deux angles : d’une part, les facteurs d’exposition au virus liés au lieu de résidence, aux conditions de logement ou à la nécessité de travailler hors du domicile ; de l’autre, les effets du confinement sur les conditions de vie : recours au télétravail, prise en charge des enfants, situation d’emploi, situation financière.


5/ Covid et gestion de crise

Nous nous intéressons ensuite à la réponse à l’épidémie, en France, en Suisse, en Nouvelle-Zélande, et en Afrique.

En France, les sociologues du centre de Sociologie des organisations (Sciences Po / CNRS) mettent en avant, dans un entretien à la revue Usbek Et Rica, les dysfonctionnements structurels de l’organisation bureaucratique. 

Et les autres, alors ? En Suisse, il est question de choix politique clair, même s’il est non assumé, dans un article de Foreign Policy. La Nouvelle-Zélande est une île, ce qui rend le contrôle de l’épidémie plus aisé, mais il est néanmoins intéressant de se pencher sur la stratégie définie par le gouvernement océanien qui leur a visiblement permis de vaincre le virus, au moins provisoirement: ce que fait Marc Gozlan dans son blog.

Enfin, concluant que l’Afrique aura été moins attente que les autres continents, Nanajala Nyabola s’interroge sur la manière dont la question de la vulnérabilité du continent au Covid-19 a été abordé dans les discussions.
 
A l’heure où la gestion de l’épidémie continue de faire débat, la question du (non-) recours à l’expertise vétérinaire nous a semblé intéressante. C’est l’argument de deux (1 & 2) entretiens parus dans le journal Le Monde.
 
Et pour finir discutons imaginaires et trajectoires des épidémies, avec d’abord How Epidemics End, sur les nombreuses formes avec lesquelles les épidémies ont pris fin. Seules une poignée d’entre elles ont abouti à l’élimination d’une maladie. seule une poignée d'entre elles ont abouti à l'élimination d'une maladie.
    
Et ensuite, un peu de radio, avec un passionnant documentaire radiophonique de France Culture sur l’imaginaire des épidémies, en occident au moins. 


Nous vous souhaitons à toutes et tous de bonnes lectures.

Pour citer ce contenu :
Michaël Neuman, Natalie Roberts, Conseils de lecture sur le Covid-19 - Partie 4, 20 novembre 2020, URL : https://www.msf-crash.org/fr/blog/medecine-et-sante-publique/conseils-de-lecture-sur-le-covid-19-partie-4

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