sécurité du personnel humanitaire https://www.msf-crash.org/index.php/fr fr Afghanistan : Should MSF accept the risk of targeted killings? https://www.msf-crash.org/index.php/en/blog/afghanistan-should-msf-accept-risk-targeted-killings <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-inline clearfix"> <div class="field__label">Date de publication</div> <div class="field__item"><time datetime="2020-12-07T12:00:00Z" class="datetime">07/12/2020</time> </div> </div> <span class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/125" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">elba.msf</span></span> <span class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">lun, 02/08/2021 - 18:36</span> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Fabrice Weissman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3235" role="article" about="/fr/fabrice-weissman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4204.jpg?itok=sX0PzbdD" width="180" height="230" alt="Fabrice Weissman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Fabrice</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Weissman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Fabrice Weissman a rejoint Médecins sans Frontières en 1995. Logisticien puis chef de mission, il a travaillé plusieurs années en Afrique subsaharienne (Soudan, Erythrée, Ethiopie, Liberia, Sierra Leone, Guinée, etc), au Kosovo, au Sri Lanka et plus récemment en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs articles et ouvrages collectifs sur l'action humanitaire dont "A l'ombre des guerres justes. L'ordre international cannibale et l'action humanitaire" (Paris, Flammarion, 2003), "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins sans Frontières" (Paris, La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (Paris, Editions du CNRS, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/fabrice-weissman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Une version plus courte de cet article est apparue en anglais dans <a href="https://www.thenewhumanitarian.org/opinion/2020/11/26/afghanistan-msf-hospital-aid-worker-safety?utm_campaign=social%20&amp;utm_medium=social&amp;utm_source=Twitter" target="_blank">The New Humanitarian</a> le 26 novembre 2020.&nbsp;</p> <p>Le massacre du 12 mai 2020 à la maternité soutenue par MSF à Dasht-e-Barchi (Afghanistan) &nbsp;pose, une fois de plus, la question de nos limites au regard des risques encourus par nos équipes. Quel est le niveau de danger acceptable pour les organisations humanitaires ? Comment fixer des limites ? Pourquoi MSF déciderait-elle de quitter Kaboul mais de rester à Herat, par exemple, ou de quitter l'Afghanistan mais de rester au Niger, au Burkina Faso, au Mali ou en Somalie, où les équipes sont également confrontées à un danger extrême ?</p> <p>Le massacre du 12 mai 2020 à la maternité soutenue par MSF à Dasht-e-Barchi (Afghanistan)<span class="annotation">Le 12 mai 2020, la maternité de MSF dans le district de Dasht-e-Barchi à Kaboul a été attaquée ; les assaillants ont tué seize mères dans leur lit, dont cinq étaient sur le point d'accoucher. Neuf autres personnes ont été tuées, dont une sage-femme employée par MSF et deux enfants. <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/18/a-kaboul-nous-refusons-qu-un-massacre-dans-une-maternite-soit-un-risque-ordinaire_6043330_3232.html" target="_blank">https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/18/a-kaboul-nous-refusons-qu-un-massacre-dans-une-maternite-soit-un-risque-ordinaire_6043330_3232.html</a></span>&nbsp;pose, une fois de plus, la question de nos limites au regard des risques encourus par nos équipes. Quel est le niveau de danger acceptable pour les organisations humanitaires ? Comment fixer des limites ? Pourquoi MSF déciderait-elle de quitter Kaboul mais de rester à Herat, par exemple, ou de quitter l'Afghanistan mais de rester au Niger, au Burkina Faso, au Mali ou en Somalie, où les équipes sont également confrontées à un danger extrême ? MSF-France a une politique spécifique pour guider cette réflexion – à savoir la "Politique de prise de risque et de gestion de la sécurité pour le personnel de MSF OCP", approuvée en 2015 par son conseil d'administration et les sections partenaires<span class="annotation">Les sections partenaires de MSF sont MSF USA, MSF Japon et MSF Australie.&nbsp;</span>. D'où vient cette politique ? Que dit-elle ? Quelles sont les principales questions et controverses concernant sa mise en œuvre ? Doit-elle être modifiée à la suite des massacres de ces dernières années ? Ce sont les questions que je voudrais aborder, brièvement, en m'appuyant sur les recherches effectuées pour le livre <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion" target="_blank">« Secourir sans périr: la sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques »</a>, et plus particulièrement sur le chapitre intitulé <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des-risques/1-histoire" target="_blank">« MSF et les débats sur la sécurité. Valorisation du danger, refus du sacrifice et logiques de professionnalisation »</a>, par Michaël Neuman, qui a étudié l'évolution des débats sur la sécurité au sein du conseil d'administration de MSF-France de 1971 à 2015.&nbsp;</p> <p><strong>Les racines : nous valorisons l'exposition au danger mais nous rejetons le sacrifice et le martyre (1970-80)</strong></p> <p>L'exposition au danger fait partie de l'identité de MSF depuis sa création en 1971. Ce qui définit MSF, les Médecins Sans Frontières, c'est la volonté de faire face au danger afin d'aider les personnes en détresse. L'aspect intrinsèquement dangereux de la mission de MSF est clairement reconnu dans sa charte, qui consacre l'un de ses quatre paragraphes à la reconnaissance de ce danger :</p> <p><em>[En tant que] volontaires, [les Médecins Sans Frontières] mesurent les risques et périls des missions qu'ils accomplissent et ne réclameront pour eux ou leurs ayants droit aucune compensation, autre que celle que l'organisation sera en mesure de leur fournir.</em></p> <p>Cependant, dans les années 1970-1980, cette glorification du danger et de l'esprit chevaleresque a été nuancée par un autre principe : le rejet du sacrifice et du martyre. Les membres de MSF sont censés prendre des risques mais revenir en vie.&nbsp;Ils ne sont pas en mission suicide et ils ne sont donc pas censés mourir pour des idéaux humanitaires. En d’autres termes, il n'y a pas de place pour le martyre chez MSF. Les présidents de MSF, dont Bernard Kouchner, l'ont clairement affirmé dans les années 1970 et 1980, puis à nouveau dans les années 1990 et 2000.</p> <p>Mais comment concilier la glorification du danger et le rejet du sacrifice ? Comment tracer la frontière entre une mission risquée et une mission "trop risquée" ?&nbsp;</p> <p>Jusqu'au début des années 1990, ce sont surtout les équipes de terrain qui tracent cette ligne. Les sièges étaient encore très petits et n'avaient aucun moyen de communiquer rapidement avec le terrain (en Afghanistan, par exemple, les lettres étaient transportées à dos d'âne au Pakistan, où elles étaient postées par courrier aérien ; elles mettaient au moins trois semaines pour arriver à destination). Par conséquent, la décision sur le niveau de risque acceptable revenait généralement à l'équipe de terrain et plus particulièrement au "coordinateur" - un poste créé dans les années 1980 dans le cadre des efforts de MSF pour devenir une organisation plus "professionnelle".</p> <p>Dans les années 80, la forme la plus courante de gestion de la sécurité était « l’intégration » : &nbsp;les équipes de MSF en Afghanistan, au Tigré, en Érythrée et en Angola déléguaient leur sécurité à des groupes armés, qui étaient responsables de leur protection et de leur approvisionnement logistique. Les incidents étaient déjà nombreux : bombardements aériens, kidnappings et fusillades (Tigré, Tchad, Afghanistan, Ouganda, Somalie, etc.).</p> <p>Pourtant, malgré le rôle essentiel du terrain, le conseil d'administration a estimé qu'il avait la responsabilité collective de veiller à ce que les missions risquées ne soient pas "trop risquées" pour être sacrifiées. Et, à au moins deux reprises, le conseil a décidé de retirer des équipes (en Ouganda en 1981 et en Iran en 1982) malgré l'opposition des volontaires de terrain qui souhaitaient rester.&nbsp;</p> <p><strong>Le tournant des années 90</strong></p> <p>Pour diverses raisons les années 1990 ont marqué un tournant en termes d'exposition au risque. Tout d'abord, MSF a connu les premiers meurtres de ses volontaires internationaux : au Soudan, en décembre 1989, lorsqu'un avion décollant d'Aweil a été abattu, tuant le pilote (d'Aviation Sans Frontières) et ses trois passagers (deux employés de MSF et un du PAM). Aujourd’hui, nous ne savons toujours pas qui a tiré (le gouvernement ou l'opposition armée, l'Armée populaire de libération du Soudan). Quatre mois plus tard, en Afghanistan, des insurgés ont tué un logisticien de sang-froid dans le cadre d'une dispute entre commandants rivaux. Dans les deux cas, MSF a cessé ses activités.&nbsp;</p> <p>Ces meurtres se sont produits dans un contexte marqué par la fin de la guerre froide, où les équipes humanitaires avaient davantage la possibilité de travailler des deux côtés de la ligne de front - ce qui nécessitait plus d'autonomie dans la gestion de la sécurité que les missions transfrontalières clandestines "intégrées". Cette période correspond à l'avènement des téléphones portables par satellite à prix abordable, qui ont permis au siège d'être plus impliqué dans la gestion quotidienne de la sécurité. La première évacuation ordonnée par téléphone depuis Paris a eu lieu en 1992, après une discussion avec une équipe de l'aéroport de Mogadiscio en Somalie qui, aux yeux des responsables parisiens, semblait trop paniquée et désorientée pour rester. Enfin, les années 1990 ont été une période de croissance rapide des ressources humaines de MSF, le nombre de personnel expatrié et national déployé dans les zones de guerre ayant doublé dans la seconde moitié des années 1990.</p> <p>C'est dans ces conditions que les dirigeants de MSF ont ressenti le besoin de clarifier et de formaliser un cadre de gestion de la sécurité sur le terrain. Une ébauche a été proposée par Rony Brauman, alors président de MSF-France, dans son rapport présidentiel de 1990, qui pour la première fois comportait une section consacrée aux incidents et à la gestion de la sécurité. Les "Règles d'Or" ont été formalisées par la directrice des opérations, alors Brigitte Vasset, sous la forme d'un aide-mémoire (le "Mémo") qui a été inclus dans le guide de log-admin. Ces "Règles d’Or" ont été modifiées en 1992, puis ressuscitées en 2015 par Benoît Leduc, le premier point focal sécurité (SFP) de MSF-France, qui a estimé important, en tant que SFP, de pouvoir se référer à une politique de sécurité actualisée et approuvée par le conseil d'administration.&nbsp;</p> <p><strong>Les « règles d'or »</strong></p> <p>Les règles d'or de 2015 sont une version retravaillée et plus détaillée du Mémo original. Quels sont ses principes fondamentaux ?&nbsp;</p> <p><strong>1.&nbsp;&nbsp; &nbsp;Il n'y a pas d'immunité humanitaire</strong></p> <p>La première déclaration du Mémo dit qu'"il n'y a pas d'immunité humanitaire". Le plus grand danger est de croire que les acteurs humanitaires sont protégés par leurs principes, leur logo et la qualité de leur travail. Les assassinats en Afghanistan et au Soudan au début des années 1990 ont démontré que le fait d'apporter une aide précieuse à la population et d'être respecté et apprécié par les autorités civiles locales et les patients n'empêchait pas quelqu'un d'abattre un avion de MSF ou d'assassiner un logisticien. Cette règle contredit le discours conventionnel sur l’acceptance, selon lequel faire du bon travail et fournir des soins de qualité de manière impartiale assure automatiquement la protection.&nbsp;</p> <p><strong>2.&nbsp;&nbsp; &nbsp;Notre protection repose principalement sur la compréhension du contexte et sur la capacité de construire un réseau de contacts et de relations</strong></p> <p>Nous devons comprendre qui nous menace et qui nous protège. Notre sécurité dépend de notre capacité à trouver un (ou des) protecteur(s) ayant un intérêt à assurer notre sécurité, afin de tirer profit de nos actions – les services médicaux et l'assistance matérielle que nous fournissons (soins médicaux aux combattants blessés, circonscription sociale, etc.), l'argent que nous dépensons (pour les salaires, les contrats de location, les dépenses locales, etc. ) notre accès aux médias et notre capacité à présenter les autorités politiques sous un angle plus ou moins positif.</p> <p>Cela soulève une autre préoccupation : à quel moment les organisations d'aide deviennent-elles plus utiles aux forces militaires qu'à la population ? Nous devons nous assurer que les premiers bénéficiaires de nos interventions sont bien les personnes que nous voulons aider et non les groupes armés qui nous protègent ou nous menacent pour éviter d'être victimes ou complices de mécanismes qui produisent des violences.&nbsp;</p> <p><strong>3.&nbsp;&nbsp; &nbsp;Lorsque l'insécurité est élevée, limitons-nous à des activités de soins curatifs menées par de petites équipes</strong></p> <p>La troisième règle stipule que le moyen principal de diminuer le risque est de réduire le nombre de personnes exposées (d'où l'appel à des "équipes plus petites" dans les contextes de grande insécurité), et que ces équipes plus petites doivent être engagées dans des opérations de soins avec des résultats cliniques évidents (ne pas prendre de risque pour rien...). Comme pour les deux précédentes, il existe une certaine opposition à cette règle au sein du mouvement MSF. Par exemple, en accord avec le discours apolitique sur l’acceptance, nos collègues en Afghanistan pensent que le fait d'avoir de très grands projets est le moyen le plus sûr d'améliorer notre sécurité ; plus le risque est grand, plus nous devons être grands, afin d'être protégés par la qualité et la taille des services que nous offrons. Cette illusion a été cruellement dissipée par les massacres de Kunduz<span class="annotation">En 2015, une attaque contre l'hôpital de MSF à Kunduz, en Afghanistan, a tué 42 personnes (dont 14 membres du personnel de MSF) et en a blessé des dizaines d'autres.</span> et de Dasht-e-Barchi.&nbsp;</p> <p><strong>4.&nbsp;&nbsp; &nbsp;Nous ne sommes pas des héros&nbsp;</strong></p> <p>Le quatrième principe a réitéré qu'il n'y a pas de place pour le martyre. Contrairement à certaines agences des Nations Unies ou au CICR, qui sont mandatées par les États pour travailler dans des situations de conflit, les ONG comme MSF n'ont pas de mandat. Elles choisissent où travailler et le niveau de risque qu'elles veulent prendre. Et, en ce qui concerne MSF, ses membres ne sont pas censés mourir pour des idées humanitaires. Le sacrifice ne fait pas partie de la déclaration de mission sociale de MSF.</p> <p><strong>5.&nbsp;&nbsp; &nbsp;Si nous sommes ciblés, nous partons</strong></p> <p>La cinquième règle, établie après le mitraillage d'un véhicule clairement identifié comme appartenant à MSF en 1991 au Sri Lanka, affirmait que "si nous, MSF, sommes directement visés, nous partons". En d'autres termes, les membres de MSF sont prêts à affronter le danger d'être touchés accidentellement dans les zones de guerre mais pas celui d'être délibérément ciblés.&nbsp;</p> <p>Comment savoir si cela est le cas ? La définition utilisée jusqu'à présent est assez simple : si un groupe armé ou un gouvernement déclare sa volonté de nous mettre en danger et que personne ne peut nous protéger. La situation la plus évidente est lorsque nous avons été délibérément touchés, quelle qu'en soit la raison : parce que nous sommes des "mauvais médecins" jugés responsables de la mort de combattants blessés, des "espions" ou des "apostats" accusés de soutenir les "groupes armés", un "employeur injuste" qui a licencié un membre du personnel vindicatif et puissant, un "sympathisant de groupes terroristes", une "cible de grande valeur" attirant l'attention des médias, une "prime" pour les kidnappeurs, ou même des "dommages collatéraux regrettables mais nécessaires". Une fois qu'un groupe ou un individu pointe une arme sur nous ou démontre d'une autre manière son intention de nous tuer - et que nous ne pouvons pas être protégés - nous franchissons la ligne d’une mission "trop risquée". Cette ligne est définie comme telle par la politique de sécurité actuelle de MSF France : "MSF refuse d'intervenir dans les zones à haut risque sécuritaire où il y a une absence d'autorités avec lesquelles négocier notre sécurité et/ou lorsqu'il est impossible de nous protéger contre des groupes démontrant une hostilité radicale à notre égard".&nbsp;</p> <p>Bien sûr, il existe d'autres types de "missions trop risquées" : celles où le risque d'être accidentellement tué par un bombardement aléatoire, une balle perdue, un tir ami, etc. est si élevé que nous décidons d'évacuer également une mission. Ce fut le cas dans le nord du Nigeria en janvier 2018, par exemple, après que l'armée ait bombardé sa propre position à Rann, tuant trois sous-traitants de MSF.</p> <p><strong>6.&nbsp;&nbsp; &nbsp;Lorsqu'on décide de se retirer, le siège peut contourner la décision du terrain. Le dernier mot revient aux cadres supérieurs et, si nécessaire, au conseil d'administration.</strong></p> <p>La règle n°6 réaffirme la responsabilité collective de MSF dans la gestion de la sécurité - plus précisément, l'autorité de l'équipe de coordination sur le terrain et l'autorité du siège sur l'équipe de coordination lorsqu'il s'agit de décider de se retirer. &nbsp;C'est un sujet délicat car il implique que les cadres supérieurs ont le devoir et le pouvoir d'appeler à l'arrêt, c'est-à-dire de bloquer les équipes qui ont un esprit de sacrifice, mais pas de gérer leur exposition au danger au jour le jour.</p> <p><strong>Controverses</strong></p> <p>Ces Règles d'Or offrent un cadre de discussion et non un algorithme pour la prise de décision. Leur interprétation et leur mise en œuvre ont toujours déclenché le débat, à commencer par le constat que si l'on est ciblé, on s'en va.&nbsp;</p> <p>Au milieu des années 1990, la situation au Burundi a déclenché une discussion animée sur le niveau de risque acceptable. Dans un contexte de violence de masse contre les civils, plus de vingt employés étrangers (du CICR et de MdM, entre autres) ont été tués entre 1995 et 1997. Étant donné que des groupes radicaux ont démontré leur volonté et leur capacité de tuer des acteurs humanitaires internationaux, la question était de savoir si MSF devait rester ou se retirer.&nbsp;</p> <p>Une partie du conseil d'administration et du département des opérations était favorable au maintien de MSF. Ils avaient trois arguments : le fait que les auteurs des meurtres n'avaient pas encore ciblé MSF, l'ampleur des besoins et le désir des volontaires sur le terrain de rester, malgré les risques.&nbsp;</p> <p>Une autre partie de la direction de MSF n'était pas d'accord. Ils ont fait valoir que les acteurs de l'aide internationale effectuant le même travail que nous dans une région voisine avaient été ciblés et qu'il y avait de bonnes raisons de croire que nous pourrions être les prochains. Ils estimaient que les volontaires désireux de rester étaient animés par un "esprit de sacrifice" qui était incompatible avec notre rejet du martyre.&nbsp;</p> <p>Le conseil d'administration a finalement soumis la discussion à un vote favorable (11 pour, 4 contre), tant qu'il y avait des volontaires désireux de rester. Au cours du débat, personne n'a nié le fait que des groupes radicaux avaient démontré la volonté et la capacité de tuer des acteurs humanitaires - et que nous étions donc visés. La discussion a porté sur le fait d'accepter ou non de travailler sous la menace d'assassinats ciblés. La décision de rester était de facto considérée comme une dérogation exceptionnelle à la règle que nous nous étions fixée. En effet, le département des ressources humaines refusait de briefer les volontaires qui partaient pour le Burundi (le directeur des opérations devait le faire). Et le CA restait au courant de la situation, réexaminant sa décision de façon régulière - presque tous les mois - jusqu'à ce qu'un changement de régime au Burundi améliore dans une certaine mesure la situation en matière de sécurité.&nbsp;</p> <p>Les termes de ces débats différaient à certains égards de la manière dont la présence de MSF en Afghanistan est actuellement discutée. Les partisans d'une présence continue en Afghanistan affirment que malgré le meurtre délibéré de patients et de personnels de MSF, et <a href="https://www.bbc.com/news/world-asia-42808342" target="_blank">l'attentat suicide commis par l'État islamique (IS) sur le complexe de Save the Children en 2018 </a>et sa <a href="https://humangle.ng/islamic-state-accuses-aid-workers-of-espionage-spreading-blasphemous-beliefs/" target="_blank">déclaration</a> annonçant que les acteurs humanitaires sont une cible légitime - "nous ne sommes pas visés" et qu'aucun groupe n'a "manifesté une hostilité radicale à notre égard". Certains cadres supérieurs vont même jusqu'à proposer que nous "saisissions l'occasion" offerte par le massacre de femmes et d'enfants dans la maternité pour tenter de négocier une sorte de protocole d'accord avec l'IS qui nous exempterait de sa politique de meurtre de masse...</p> <p>Ils affirment également que même si nous sommes ciblés, nous devons rester. Que nous devons considérer le risque d'assassinats ciblés par des groupes radicaux comme la "nouvelle norme" à laquelle nous devons nous adapter ; ce qui implique la révision de nos « Règles d'Or », l'abandon de la menace d'assassinats ciblés et de l'absence d'un protecteur fiable comme seuil de risque excessif.</p> <p>Ainsi, le débat est progressivement passé de "avons-nous atteint un seuil de tolérance" (sommes-nous ciblés ?) à "devrions-nous franchir la ligne" (devrions-nous exceptionnellement rester malgré le risque d'assassinats ciblés ?) puis à "devrions-nous déplacer la ligne" (devrions-nous considérer la menace d'assassinats ciblés comme une nouvelle norme et la perte de nos collègues comme le prix à payer ?)</p> <p>Ce changement signale la dérive de MSF vers une acceptation du sacrifice et du martyre, en accord avec ce qui se passe dans <a href="https://www.msf-crash.org/en/publications/humanitarian-actors-and-practices/dying-humanitarian-ideas-using-images-and-statistics" target="_blank">le secteur de l'aide au sens large</a>. Comme nous l'avons montré ailleurs, l'une des principales conséquences de la représentation des acteurs humanitaires en héros et de l'adoption d'une "culture de gestion des risques" est de rendre acceptable le nombre croissant de morts, de blessés et de kidnappés.&nbsp;<br /> &nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> </div> <div class="height-computed field field--name-field-related-content field--type-entity-reference field--label-above"> <div class="field__label">Publications associées</div> <div class="field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3745" role="article" about="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSF113152-emergency-room.JPG?h=0182dbee&amp;itok=DiBPCI4i" width="450" height="300" alt="Un panneau indique une salle d&#039;urgence" title="Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Niklas Bergstrand</div> </article> </div> <a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3745&amp;2=reading_list" token="zR8zxWx3JqRK-9Pt7ohD2nwgk5RWbPkiOUUoW9iXTag"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article de blog</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" hreflang="fr">Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2016-03-29T12:00:00Z" class="datetime">29/03/2016</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> <div class="field__item"><a href="/fr/fabrice-weissman" hreflang="fr">Fabrice Weissman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Le dernier livre en date du Crash "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques", co-dirigé par Michaël Neuman et Fabrice Weissman, sort le 31 mars chez CNRS Editions.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" rel="tag" title="Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3523" role="article" about="/fr/rencontres-debats/perception-du-danger-et-gestion-de-la-securite" class="node node--type-debate node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/perception-du-danger-et-gestion-de-la-securite.jpg?h=5daaa6fb&amp;itok=Dj-UjLvu" width="450" height="300" alt="conférence sur le danger et la sécurité" title="Perception du danger et gestion de la sécurité" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> </article> </div> <a href="/fr/rencontres-debats/perception-du-danger-et-gestion-de-la-securite" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3523&amp;2=reading_list" token="IWi2O7g_vBuRfYuVlSnDBUO8zWzchxwiy_7mz478huY"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Débat</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/rencontres-debats/perception-du-danger-et-gestion-de-la-securite" hreflang="fr">Perception du danger et gestion de la sécurité</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-debate-start-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2014-03-28T12:30:00Z" class="datetime">28/03/2014 - 13h30</time> </div> <div class="field field--name-field-debate-end-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2014-03-28T18:30:00Z" class="datetime">19h30</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/rencontres-debats/perception-du-danger-et-gestion-de-la-securite" rel="tag" title="Perception du danger et gestion de la sécurité" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Perception du danger et gestion de la sécurité</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3746" role="article" about="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/les-faux-semblants-de-linsecurite-des-humanitaires" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSB13461-donka-ebola-treatment.JPG?h=32b09715&amp;itok=YdsNsLo4" width="450" height="300" alt="The logistical teams proceed to the reorganisation of the Donka Ebola treatment center site" title="Is aid work really more dangerous than ever? " typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Julien Rey</div> </article> </div> <a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/les-faux-semblants-de-linsecurite-des-humanitaires" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3746&amp;2=reading_list" token="bD83vmc4M9k3A_ElilLu1tYpLVZxckcNqSUmpXm9bUE"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article de blog</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/les-faux-semblants-de-linsecurite-des-humanitaires" hreflang="fr">Les faux-semblants de l’insécurité des humanitaires</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2016-04-15T12:00:00Z" class="datetime">15/04/2016</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/fabrice-weissman" hreflang="fr">Fabrice Weissman</a></div> <div class="field__item"><a href="/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p> Si des enquêtes quantitatives sont effectuées afin de rendre compte de la violence faite aux travailleurs humanitaires, elles restent trop souvent globales. Alors qu'une recontextualisation des incidents, à base de récits circonstanciés permettrait une approche singulière.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/les-faux-semblants-de-linsecurite-des-humanitaires" rel="tag" title="Les faux-semblants de l’insécurité des humanitaires" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Les faux-semblants de l’insécurité des humanitaires</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> <section class="field field--name-comment field--type-comment field--label-above comment-wrapper"> <h2 class="title comment-form__title">Ajouter un commentaire</h2> <drupal-render-placeholder callback="comment.lazy_builders:renderForm" arguments="0=node&amp;1=9448&amp;2=comment&amp;3=comment" token="QXJEwmPUyXDA5kyUkKwPLUhhuJ9_l-tMYFCSQE5bQYM"></drupal-render-placeholder> </section> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=9448&amp;2=reading_list" token="5ofTYDfY5Lb4JNG0bdoqlu_inbdUvIK2v8BCdE6QgdI"></drupal-render-placeholder><div class="citation-container"> <div class="field--name-field-citation"> <p> <span>Pour citer ce contenu :</span> <br> Fabrice Weissman, Afghanistan : MSF doit-elle accepter le risque d&#039;assassinats ciblés ? , 7 décembre 2020, URL : <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/afghanistan-msf-doit-elle-accepter-le-risque-dassassinats">https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/afghanistan-msf-doit-elle-accepter-le-risque-dassassinats</a> </p> </div> </div> <div class="contribution-container"> <div class="field--name-field-contribution"> <p> <span>Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article,</span> vous pouvez nous retrouver sur Twitter ou directement sur notre site. </p> <a href="/index.php/fr/contribuer?to=9448" class="button">Contribuer</a> </div> </div> <span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Afghanistan : MSF doit-elle accepter le risque d&#039;assassinats ciblés ? </span> Fri, 27 Nov 2020 16:35:14 +0000 elba.msf 9448 at https://www.msf-crash.org Should we discriminate in order to act? Profiling: a necessary but debated practice https://www.msf-crash.org/index.php/en/blog/humanitarian-actors-and-practices/should-we-discriminate-order-act-profiling-necessary-debated <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-inline clearfix"> <div class="field__label">Date de publication</div> <div class="field__item"><time datetime="2021-01-28T12:00:00Z" class="datetime">28/01/2021</time> </div> </div> <span class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/125" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">elba.msf</span></span> <span class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">mer, 03/03/2021 - 18:38</span> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Françoise Duroch &amp; Michaël Neuman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="9657" role="article" about="/fr/francoise-duroch" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Françoise</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Duroch </div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Responsable de l'unité de recherche de l'UREPH (Unité de recherche sur les enjeux et les pratiques humanitaires) de Médecins Sans Frontières (MSF) Genève, Suisse)</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/francoise-duroch" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3257" role="article" about="/fr/michael-neuman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4167%20copie_0.jpg?itok=uJXHTXNJ" width="180" height="230" alt="Michaël Neuman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Michaël</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Neuman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Directeur d'études au Crash depuis 2010, Michaël Neuman est diplômé d'Histoire contemporaine et de Relations Internationales (Université Paris-I). Il s'est engagé auprès de Médecins sans Frontières en 1999 et a alterné missions sur le terrain (Balkans, Soudan, Caucase, Afrique de l'Ouest notamment) et postes au siège (à New York ainsi qu'à Paris en tant qu'adjoint responsable de programmes). Il a également participé à des projets d'analyses politiques sur les questions d'immigration. Il a été membre des conseils d'administration des sections française et étatsunienne de 2008 à 2010. Il a codirigé "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de MSF" (La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (CNRS Editions, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/michael-neuman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p><br /> Dans cet article pour le <a href="https://odihpn.org/blog/should-we-discriminate-in-order-to-act-profiling-a-necessary-but-debated-practice/" target="_blank">Humanitarian Practice Network</a>, Françoise Duroch, responsable de l'Unité de recherche sur les enjeux et les pratiques humanitaires (UREPH) de MSF Genève, et Michaël Neuman, directeur d'études au Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (CRASH), abordent les raisons et les implications de la pratique croissante du profilage du personnel au sein de MSF.&nbsp;</p> <p>En octobre 2020, MSF a organisé à Dakar au Sénégal un atelier sur le profilage du personnel dans les opérations au Sahel. Le profilage consiste à sélectionner le personnel en incluant des critères non professionnels tels que la nationalité, la couleur de la peau, le sexe et la religion. À ce titre, cette pratique soulève un certain nombre de questions d’ordre éthiques et pratiques. Le profilage a conduit à ce que des ressortissants des Etats-Unis ne soient pas déployés dans les opérations de MSF en Colombie par risque d'enlèvement ou à ce que des Tchadiens et des Rwandais ne le soient pas en République centrafricaine et dans l'Est de la République démocratique du Congo respectivement, en raison de conflits régionaux. Le recours au profilage a augmenté ces dernières années en particulier dans les pays d’intervention en Afrique de l'Ouest, la menace d'enlèvement d'Occidentaux par des groupes djihadistes radicaux s'étant intensifiée.</p> <p><strong>La justification du profilage</strong></p> <p>La réduction du personnel occidental des organisations humanitaires dans certaines régions du monde répond à un risque réel d'enlèvement. Comme l'a dit un participant à l'atelier : <em>« Tout le monde s'accorde à dire que certaines nationalités ne peuvent pas se rendre dans ces régions, alors comment pouvons-nous nous adapter et continuer à mener des opérations pour ces populations dans le besoin ? » </em>Au cours des dernières années, les mesures visant à promouvoir le personnel africain semblent avoir permis de mener des opérations qui auraient été difficiles ou impossibles, notamment au Mali, au Niger, au Burkina Faso et dans le nord du Nigeria.</p> <p>La sélection de salariés sur la base de critères non professionnels n'est pas toujours explicitement définie et les pratiques varient d'un projet à l'autre : la nationalité, la couleur de peau et la religion sont parfois utilisées simultanément ou successivement. La mesure est souvent mise en œuvre après une analyse des risques effectuée par les équipes de terrain et du siège, mais elle peut également être imposée par des interlocuteurs politico-militaires : <em>« N'envoyez pas de blancs sur nos territoires, ils seront kidnappés »</em>, peut-on s’entendre dire parfois.</p> <p>Pratique marginale pendant des années au sein de MSF, le profilage est aujourd'hui beaucoup plus courant, au point qu'un des responsables de l'organisation estime que <em>« nous avons rendu l'exception la norme »</em>. Dans les pays du Sahel où MSF travaille, le profilage a été utilisé dans la majorité des projets récents et le personnel international déployé est principalement composé d'Africains noirs. MSF considère que le risque d'enlèvement d'Occidentaux est particulièrement élevé dans ces régions et applique donc le profilage.</p> <p>La normalisation de cette mesure a soulevé une série de questions parmi le personnel touché par le profilage : <em>« Vous avez profilé [le projet], vous avez retiré les blancs, que va-t-il se passer ensuite, ne serons-nous pas les prochaines cibles ? »</em></p> <p><strong>Efficacité : ce qui fonctionne</strong></p> <p>Le profilage permet-il de réduire efficacement les risques ? Ou s'agit-il simplement de transférer les risques des Occidentaux aux Africains ?</p> <p>Si le profilage réduit le risque d'enlèvement d'Occidentaux, il ne diminue pas les autres dangers, tels que les arrestations, les attaques de convois, les bombardements ou les attentats suicides. Les enlèvements d’employés non-Occidentaux sont également en hausse. En d'autres termes, les projets sont toujours très dangereux. Le spectre des risques auxquels les équipes sont exposées pose un dilemme : « est-il préférable de faire face à l'enlèvement d'un Occidental ou de déployer quelqu'un dont le prix de la rançon pourrait être inférieur, mais qui pourrait être plus exposé au risque d'être traumatisé ou torturé ? »</p> <p>Ces questions deviennent d'autant plus critiques lorsque le risque d'enlèvement de personnel national ou de personnel africain expatrié augmente : les collègues ressortissants des pays du Sahel soulignent qu'en cas d'enlèvement, leur gouvernement aura beaucoup plus de difficulté à négocier efficacement, en particulier pour le personnel des pays les plus pauvres. Et dans certains pays le gouvernement est tout simplement moins disposé à payer une rançon.</p> <p>Il est également ressorti des discussions - et cela a été corroboré par les données recueillies au sein de MSF - que le personnel recruté localement est le plus exposé aux risques car il se trouve souvent en première ligne : il est plus mobile et plus impliqué dans des négociations avec un grand nombre d'acteurs politico-militaires, tels que les soldats ou les milices postées aux points de contrôle.</p> <p><strong>Le profilage vu par le personnel profilé : partage d'expériences</strong></p> <p>Certains membres du personnel de MSF contestent la notion même de profilage. Ils estiment que le personnel devrait être sélectionné principalement sur la base de ses compétences et de sa connaissance des normes culturelles et sociales des pays dans lesquels il sera amené à travailler. Des participants à l'atelier de Dakar ont ainsi rejeté l'hypothèse paternaliste selon laquelle la précarité de leur situation les obligerait à accepter n'importe quel type de travail, y compris des postes à haut risque. Ils ont également souligné que la mise en œuvre des pratiques de profilage leur a ouvert des opportunités professionnelles.</p> <p>Cependant, d’autres participants ont évoqué la frustration d'être perçus comme étant moins professionnels ou moins qualifiés : <em>« Il y a aussi le sentiment d'être un employé de ‘seconde classe’ envoyé au front alors que leurs collègues occidentaux restent au siège ou au niveau de la coordination, et un sentiment d'injustice d’être toujours envoyé dans des contextes à haut risque ».</em></p> <p>Les responsables des ressources humaines présents à l'atelier sont d'accord :<em> « Le personnel profilé ne se voit pas offrir les mêmes possibilités d'emploi. Non pas parce que leurs qualifications ou leurs compétences ne sont pas les bonnes, mais parce que nous savons que la personne répondra probablement le mieux à nos besoins ». </em>Comme il est difficile de trouver et de conserver du personnel expérimenté « profilé » désireux de travailler dans des contextes à haut risque comme le nord du Mali, les responsables des ressources humaines ne veulent pas les « perdre » au profit de programmes dans des pays comme le Malawi où les niveaux de risque et de stress lié à la sécurité sont plus faibles. Cependant, une collègue africaine déployée dans plusieurs missions dangereuses a souligné la nécessité pour les personnes qui travaillent dans de tels contextes d'alterner des postes à haut risque avec des postes moins exposés afin de leur permettre d'avoir plus de temps avec leur famille et de parvenir à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La possibilité de le faire est une autre question si on ne leur propose pas d'abord des postes moins dangereux.</p> <p><strong>Consentement et information</strong></p> <p>Contrairement à la politique de risque de MSF qui place la responsabilité de la prise de risque au niveau du terrain, la perception est que trop souvent la décision de profiler un projet est prise au siège, sans consultation adéquate avec les équipes de terrain :<em> « Quelle est la place de la contribution du personnel national à ces analyses et à ces décisions ? »</em> Certaines équipes de projet ont contesté la nécessité d'établir une politique de profilage, en particulier lorsqu'aucune menace formelle ne vient justifier la décision : <em>« Nous n'avons reçu aucune menace. Dans ces conditions, il est difficile pour le terrain d'accepter des mesures de profilage ».</em></p> <p>Les discussions ont également révélé les limites des conditions dans lesquelles les personnes acceptent de participer à des projets profilés, ce que nous appellerons un manque de « consentement informé ». Certains collègues ont expliqué qu'ils n'ont découvert que plus tard que ces politiques étaient mises en œuvre et qu’ils se trouvaient au centre de ces politiques : <em>« En travaillant pour MSF, je ne m'attendais pas à rencontrer une équipe aussi homogène sur le plan culturel »</em> - en l’occurrence, une équipe entièrement masculine et africaine. Un autre participant a mentionné qu'il n'aurait probablement pas accepté un poste de coordinateur de projet s'il avait su que l'équipe était profilée.</p> <p>Au-delà de la question de l'information sur les dangers encourus, un participant a souligné la nécessité pour MSF de clarifier les gratifications, indemnités, assurances ou services que l’association pourrait et ne pourrait pas fournir en cas d'incident : <em>« Je peux dire oui à une mission risquée, mais je veux savoir quelle compensation ma famille recevra s'il m'arrive quelque chose et si mon organisation me soutiendra pour négocier ma libération en cas d'enlèvement ».</em></p> <p><strong>Ressources humaines et gestion de projets</strong></p> <p>Ces questions de responsabilité sont étroitement en lien à d'autres questions liées au recrutement et à la gestion du personnel. Les collègues des ressources humaines soulignent leur malaise lorsqu'ils doivent évaluer certains critères, notamment la religion d'une personne ou d'autres questions privées pour lesquelles ils se considèrent non seulement incompétents mais également en conflit avec l'éthique professionnelle.</p> <p>La multiplication des critères non professionnels entraîne également pour certains groupes une réduction du nombre de contextes de déploiement et donc une baisse possible de leur progression professionnelle : <em>« Cela peut créer un sentiment de malaise pour les équipes en charge. Plus il y a de critères, plus le champ des candidats est restreint »</em>. Un participant a fait part de son sentiment d'être envoyé uniquement dans des contextes à haut risque :<em> « Le problème des équipes profilées est d'entendre qu'elles sont nécessaires aujourd'hui en raison de la situation sécuritaire mais qu'elles seront facilement rejetées plus tard parce qu'en fin de compte elles ne sont bonnes qu'à travailler dans les pays du Sahel »</em>.&nbsp;</p> <p><strong>Une voie à suivre</strong></p> <p>Bien que la pratique du profilage, ce compromis nécessaire pour mener des opérations dans certains contextes, ait été largement acceptée au sein de MSF et ait même été saluée pour avoir créé des opportunités individuelles et collectives, des inquiétudes subsistent quant à la manière dont elle devrait être mise en œuvre. De nombreux employés profilés ont le sentiment d'appartenir à une catégorie de personnel sous-estimée, disposant d’opportunités professionnelles limitées et tenue à l'écart de la production collective d'analyses des risques. L’atelier à Dakar a permis d’identifier une voie à suivre, par un soutien opérationnel approprié aux équipes qui se sentent isolées, le déploiement de politiques de ressources humaines axées le développement de carrière, le renforcement des pratiques collaboratives et inclusives en termes de gestion de la sécurité et la prise en compte des responsabilités de MSF en tant qu'employeur envers le personnel appelé à travailler dans des contextes particulièrement risqués. La prise en charge de ces priorités est une nécessité, tant pour maintenir les activités dans ces régions que pour remédier aux inégalités de statut du personnel de l'organisation.</p> </div> <div class="height-computed field field--name-field-related-content field--type-entity-reference field--label-above"> <div class="field__label">Publications associées</div> <div class="field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="7037" role="article" about="/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/borno-nigeria-un-regard-critique-sur-nos-operations" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2019-07/MSF175058%28High%29.jpg?h=6ef5bb3f&amp;itok=55kIVtPW" width="450" height="300" alt="Food distribution in Borno state" title="Food distribution in Borno state" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Shaista Aziz/MSF</div> </article> </div> <a href="/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/borno-nigeria-un-regard-critique-sur-nos-operations" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=7037&amp;2=reading_list" token="8steq6G3_2pLYSwpEMGMpEgYaflDTdPqFkQzkKOI4P8"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article de blog</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/borno-nigeria-un-regard-critique-sur-nos-operations" hreflang="fr">Borno, Nigeria : un regard critique sur nos opérations</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2019-07-01T12:00:00Z" class="datetime">01/07/2019</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/isabelle-defourny" hreflang="fr">Isabelle Defourny</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/elba-rahmouni" hreflang="fr">Elba Rahmouni</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>En 2016, la direction des opérations de MSF a souhaité réaliser une revue critique des opérations conduites par l’association dans l’Etat du Borno, au nord-est du Nigéria, entre 2015 et 2016. En réponse, Judith Soussan et Fabrice Weissman du CRASH ont produit, avec le soutien d’Epicentre – le centre d’épidémiologie de MSF – un récit détaillé retraçant la façon dont les équipes de terrain, de capitale et du siège ont analysé la situation, les objectifs qu’elles se sont donnés, les actions qu’elles ont entreprises, les obstacles qu’elles ont rencontrés et les résultats qu’elles ont obtenus. Dans le cadre de ce travail, les directeurs et les cadres opérationnels s’interrogent sur leurs propres pratiques : ont-ils fait preuve d’une mobilisation tardive face à la situation catastrophique des camps de déplacés en zone rurale et à la périphérie de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno, en 2016 – et si oui, pourquoi ? Que penser <em>a posteriori</em> des choix opérationnels et de l’efficacité des stratégies d’intervention adoptées ? Au-delà de cette mission, que nous apprend cette histoire sur le fonctionnement de MSF et les façons de travailler des équipes ? Entretien avec Isabelle Defourny, directrice des opérations à MSF-OCP, rédigé par Elba Rahmouni.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/borno-nigeria-un-regard-critique-sur-nos-operations" rel="tag" title="Borno, Nigeria : un regard critique sur nos opérations" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Borno, Nigeria : un regard critique sur nos opérations</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3737" role="article" about="/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/aide-medicale-vraiment-dans-la-ligne-de-mire" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSB8506-msf-staff-killed-in-Boguila-hospital-compound.jpg?h=828c1f78&amp;itok=3s67DHkS" width="450" height="300" alt="Entrée de l&#039;Hôpital Boguila, avec des panneaux signalant l&#039;interdiction des armes à feu" title="Membres de MSF tués à l&#039;hôpital Boguila" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Samuel Hanryon</div> </article> </div> <a href="/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/aide-medicale-vraiment-dans-la-ligne-de-mire" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3737&amp;2=reading_list" token="NyNB8T-mF17_tcr72H8Hx1l-_OLm_K73Fv-m2D-1EeM"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article de blog</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/aide-medicale-vraiment-dans-la-ligne-de-mire" hreflang="fr">Aide médicale : vraiment dans la ligne de mire?</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2014-11-21T12:00:00Z" class="datetime">21/11/2014</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Les organisations humanitaires sont-elles confrontées à des défis sécuritaires fondamentalement nouveaux ? L'histoire de l'assistance humanitaire montre que dès la fin du 19ème siècle, l'aide médicale a toujours été « dans la ligne de mire ».</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/aide-medicale-vraiment-dans-la-ligne-de-mire" rel="tag" title="Aide médicale : vraiment dans la ligne de mire?" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Aide médicale : vraiment dans la ligne de mire?</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> <section class="field field--name-comment field--type-comment field--label-above comment-wrapper"> <h2 class="title comment-form__title">Ajouter un commentaire</h2> <drupal-render-placeholder callback="comment.lazy_builders:renderForm" arguments="0=node&amp;1=9660&amp;2=comment&amp;3=comment" token="z-ZSu7BjstFPOyAH4cNXm2R5jY-6rYLtj9gTVhP5iYw"></drupal-render-placeholder> </section> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=9660&amp;2=reading_list" token="DnQ9Bev28ro7RFJELtkxib_84ldbUTSSp941Ty8fquo"></drupal-render-placeholder><div class="citation-container"> <div class="field--name-field-citation"> <p> <span>Pour citer ce contenu :</span> <br> Françoise Duroch , Michaël Neuman, Doit-on discriminer pour agir ? Le profilage : une pratique nécessaire mais débattue, 28 janvier 2021, URL : <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/doit-discriminer-pour-agir-le-profilage-une-pratique">https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/doit-discriminer-pour-agir-le-profilage-une-pratique</a> </p> </div> </div> <div class="contribution-container"> <div class="field--name-field-contribution"> <p> <span>Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article,</span> vous pouvez nous retrouver sur Twitter ou directement sur notre site. </p> <a href="/index.php/fr/contribuer?to=9660" class="button">Contribuer</a> </div> </div> <span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Doit-on discriminer pour agir ? Le profilage : une pratique nécessaire mais débattue</span> Mon, 01 Feb 2021 16:05:25 +0000 elba.msf 9660 at https://www.msf-crash.org MSF face aux dilemmes des enlèvements https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/msf-face-aux-dilemmes-des-enlevements <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-inline clearfix"> <div class="field__label">Date de publication</div> <div class="field__item"><time datetime="2020-09-18T12:00:00Z" class="datetime">18/09/2020</time> </div> </div> <span rel="schema:author" class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/125" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">elba.msf</span></span> <span property="schema:dateCreated" content="2020-09-18T10:42:19+00:00" class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">ven, 09/18/2020 - 12:42</span> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" property="schema:about" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/gestion-des-risques" property="schema:about" hreflang="fr">gestion des risques</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Fabrice Weissman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3235" role="article" about="/fr/fabrice-weissman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4204.jpg?itok=sX0PzbdD" width="180" height="230" alt="Fabrice Weissman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Fabrice</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Weissman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Fabrice Weissman a rejoint Médecins sans Frontières en 1995. Logisticien puis chef de mission, il a travaillé plusieurs années en Afrique subsaharienne (Soudan, Erythrée, Ethiopie, Liberia, Sierra Leone, Guinée, etc), au Kosovo, au Sri Lanka et plus récemment en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs articles et ouvrages collectifs sur l'action humanitaire dont "A l'ombre des guerres justes. L'ordre international cannibale et l'action humanitaire" (Paris, Flammarion, 2003), "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins sans Frontières" (Paris, La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (Paris, Editions du CNRS, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/fabrice-weissman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p><em>Le 31 janvier s’est tenu à Sciences Po un <a href="https://www.sciencespo.fr/actualites/actualit%C3%A9s/solidarite-avec-nos-chercheurs-captifs-en-iran/4585" target="_blank">colloque</a>&nbsp;en soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous les deux chercheurs au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), arrêtés en Iran le 5 juin 2019. Roland Marchal a été libéré le 20 mars 2020 en échange de la libération d’un ingénieur iranien détenu en France. Fariba Adelkhah a été condamnée le 6 mai 2020 à 6 ans de réclusion pour « propagande contre le système politique de la République islamique et collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale ». La chercheuse a refusé une libération conditionnelle contre l'arrêt de ses recherches. Le blog de son Comité de soutien est consultable <a href="https://faribaroland.hypotheses.org/the-committee" target="_blank">ici</a>.&nbsp;</em></p> <p><em>Le colloque du 31 janvier a réuni diplomates, journalistes, humanitaires et chercheurs, dans le but de « nourrir la réflexion sur les prisonniers et les otages, d’un point de vue politique, juridique et éthique ». Fabrice Weissman y présentait l’expérience de Médecins Sans Frontières face aux enlèvements. &nbsp;</em><br /> &nbsp;</p> <p><strong>Les affaires</strong></p> <p>Les enlèvements sont l’un des risques les plus lourds encourus par les équipes travaillant pour des associations humanitaires. Ils sont paradoxalement plus redoutés que les homicides, du fait de leur étalement dans le temps. Les circonstances des enlèvements et de leur résolution sont pourtant peu connues du grand public et de l’immense majorité des travailleurs humanitaires en raison du secret entretenu à leur sujet par les organisations qui y sont mêlées.</p> <p>Depuis 1980, MSF a recensé une centaine de cas de détention arbitraire par des autorités étatiques (51 cas) ou d’enlèvement par des groupes politiques ou criminels (64 cas), dont la moitié touchant du personnel international.&nbsp;</p> <p>Jusqu’à la guerre de Tchétchénie, au milieu des années 1990, la grande majorité des enlèvements, pour angoissants qu’ils soient, n’excédaient pas quelques jours, quelques semaines au plus. Ils étaient pour la plupart liés à des manœuvres d’intimidation de la part de gouvernements hostiles à notre présence, à la volonté de certains mouvements armés de se faire connaître ou de prendre des gages lors de pics de tensions politiques ou militaires.&nbsp;</p> <p>La Tchétchénie inaugure, pour MSF, l’ère des enlèvements de longue durée, souvent associés à des mauvais traitements et des négociations longues et difficiles pour obtenir le retour sain et sauf des captifs. Durant les deux guerres de Tchétchénie, MSF subit une quinzaine d’enlèvements dont quatre de très longue durée.&nbsp;</p> <p>L’enlèvement de Christophe André en Ingouchie en 1997 et son évasion au bout de 111 jours de captivité est l’une des affaires les moins secrètes. La bande dessinée réalisée par Guy Delisle à son sujet&nbsp;<span class="annotation">(Guy Delisle, S'Enfuir : Récit d'un otage, Dargaud, 2016)</span>donne un aperçu glaçant de la condition d’otage, de la déshumanisation liée à la réduction à l’état de marchandise et des stratégies développées par Christophe André pour résister psychiquement jusqu’à son évasion. L’enlèvement d’Arjan Erkel en 2002 alors qu’il était chef de mission de MSF Suisse au Daghestan, petite république du Caucase russe, est un autre évènement marquant pour MSF. Il sera détenu pendant 610 jours et libéré à la suite d’une campagne d’opinion mettant en cause les parlementaires russes et la diplomatie hollandaise pour leur responsabilité directe et indirecte dans la non-résolution de l’affaire. Cette campagne a soulevé de nombreuses controverses au sein de MSF ainsi que des tensions avec la famille d’Arjan Erkel et le gouvernement hollandais hostile à cette stratégie médiatique.&nbsp;</p> <p>À l’issue de la libération d’Arjan Erkel, le gouvernement hollandais a poursuivi MSF devant une juridiction commerciale suisse pour réclamer le remboursement de la rançon qu’il disait avoir versé en notre nom. De manière pour le moins étonnante, la justice commerciale suisse s’est déclarée compétente pour traiter cette affaire de trafic d’être humain et a fini par condamner MSF à rembourser la moitié de la rançon.<br /> La Tchétchénie a été aussi pour MSF la découverte éprouvante du « théâtre d’ombres des kidnappings » : l’impossibilité de savoir qui tire les ficelles, les relations étroites et parfois symbiotiques entre services de sécurité et criminalité organisée. À cet égard, il est difficile de tracer une frontière nette entre « enlèvements crapuleux » et « enlèvements politiques ». L’enlèvement d’Arjan Erkel a été réglé par une transaction commerciale. Pourtant il s’apparente à un acte de répression politique des autorités russes à l’encontre des organisations humanitaires qui mettaient en cause la brutalité de la politique contre-insurrectionnelle du Kremlin. Le FSB, le service de sécurité russe successeur du KGB, a été présent à toutes les étapes de l’affaire : de l’enlèvement proprement dit auquel deux agents qui filaient Arjan ont assisté sans réagir (prétextant qu’ils n’étaient pas armés), à la libération qui fut négociée par une association de vétérans du FSB.&nbsp;</p> <p>L’affaire Erkel nous a également montré que la protection consulaire (la responsabilité d’un État dans la défense et la protection de ses ressortissants à l’étranger) avait une géométrie variable en fonction des intérêts nationaux. En l’occurrence, le gouvernement hollandais était beaucoup plus soucieux de préserver ses relations et ses intérêts stratégiques et commerciaux avec la Russie que de défendre son concitoyen kidnappé.</p> <p>Depuis la Tchétchénie, MSF a subi d’autres enlèvements de longue durée notamment en Colombie où un employé fut enlevé en 2000 par la guérilla de l’ELN pendant 6 mois et libéré sans condition grâce à des pressions des FARC et du Venezuela. En 2011, deux collègues de MSF Espagne ont été enlevées au Nord Kenya et détenues en Somalie pendant près de deux ans dans des conditions extrêmement éprouvantes, qui se sont durcies à l’issue d’une tentative d’évasion ratée. En République démocratique du Congo en 2013, 4 employés de nationalité congolaise de MSF France ont été enlevés lors d’une attaque du groupe ADF sur la ville de Kamongo. L’une des victimes a réussi à s’échapper après 413 jours de détention, à la faveur d’une offensive des Forces armées de RDC. Nous sommes toujours sans nouvelles des 3 autres. L’un des membres de la cellule de crise MSF, également congolais, a été condamné à 10 ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale en lien avec ses activités pour entrer en contact avec les ravisseurs – ce qui illustre une partie des dangers qui pèsent sur les négociateurs dans ce type d’affaires. En Syrie en janvier 2014, 5 expatriés de MSF Belgique ont été enlevés par l’État islamique. Détenus dans des conditions effroyables en compagnie des autres otages occidentaux, les deux derniers otages (les hommes) furent libérés au bout de 132 jours. Une partie de leurs codétenus furent tués par leurs ravisseurs, d’autres par les forces de la coalition internationale, notamment Kayla Mueller jeune humanitaire américaine, enlevée alors qu’elle était dans une voiture MSF qui la reconduisait à un arrêt de bus, et vraisemblablement tuée dans un bombardement de l’aviation américaine. Ces derniers événements tragiques ont été à l’origine de déchirements au sein de notre association, entre partisans d’une omerta totale sur ces affaires et partisans d’une transparence minimale sur les violences et tentatives d’extorsions pratiquées à l’encontre de nos équipes par l’État islamique.&nbsp;</p> <p>Plus récemment, en 2018, 4 membres de MSF ont été arrêtés par une milice au Kurdistan syrien et transféré dans les prisons syriennes à Damas d’où ils sont sortis après 169 jours de détention à l’issue de tractations secrètes.&nbsp;</p> <p><strong>Comment MSF fait face à ces situations ?&nbsp;</strong></p> <p>Face à un kidnapping, plusieurs institutions ou entités ont, à des degrés divers, la responsabilité de porter secours aux otages : autorités locales, gouvernements, familles, employeurs. Dans notre expérience, les familles sont le plus souvent démunies ; elles n’ont pas les moyens logistiques, humains, financiers de mener les efforts nécessaires pour obtenir la libération de leurs proches. La priorité des autorités locales et des gouvernements étrangers est rarement d’obtenir la libération saine et sauve des otages. D’autres enjeux de sécurité intérieure, nationale ou de politique étrangère entrent en ligne de compte (comme illustrée par l’affaire Erkel).&nbsp;</p> <p>Le plus souvent, MSF fait donc le choix de prendre la tête des opérations. Nous devons alors rendre des comptes aux familles et aux États des actions entreprises. Il arrive, parfois, que nous estimions d’autres institutions mieux placées que nous pour obtenir la libération de nos collègues : la famille (ce fut le cas au Pakistan par exemple lors de l’enlèvement d’un membre du personnel appartenant à une famille très influente), l’État, l’Eglise (en 1998 en Sierra Léone, une équipe enlevée par la rébellion de RUF avec une dizaine de religieux a été relâchée suite à la médiation d’un évêque), etc.&nbsp;</p> <p>La façon dont nous nous organisons pour gérer ces affaires n’est pas fondamentalement différente de celle que nous employons pour gérer des opérations d’urgence : création d’une cellule de crise au siège avec des antennes sur le terrain réunissant différents spécialistes (connaisseurs du contexte, personnes ayant l’expérience de situations similaires, chargés de communication, chargé de ressources humaines, etc.). En revanche, ce dispositif a une mission singulière : obtenir la libération de nos collègues sains et saufs. A la différence d’autres institutions, nous essayons de placer l’intérêt des otages au-dessus de toute autre considération. Ainsi, nous ne faisons pas de la préservation de nos activités dans le pays un objectif prioritaire.&nbsp;</p> <p><strong>Le dilemme du paiement d’une rançon</strong></p> <p>Porter secours à des collègues enlevés et séquestrés conduit à entretenir des relations avec des criminels et à suivre certaines de leurs consignes. Parmi les questions qui se posent à la cellule de crise et à la direction des ONG : faut-il céder à une demande de rançon ?&nbsp;</p> <p>Le paiement d’une rançon pose un certain nombre de problèmes et de risques. Un problème éthique tout d’abord, puisque que cela revient à détourner de l’argent destiné aux victimes au profit de groupes criminels souvent à l’origine de violences envers les populations que nous cherchons à aider.&nbsp;</p> <p>Le versement de rançon pose également un risque légal et d’image au sens où ces transferts de fonds peuvent être assimilés à un soutien matériel à des groupes déclarés « terroristes » ou « criminels » par certains États qui pourraient entamer des poursuites pénales à notre encontre. Mais ce risque est avant tout théorique. À ma connaissance, aucun gouvernement n’a encore poursuivi une ONG pour avoir versé de l’argent en échange de la vie de l’un ou l’une de ses employé(e)s. Les seules poursuites engagées contre MSF ont visé à obtenir le remboursement de la rançon que le gouvernement hollandais dit avoir payé dans l’affaire Erkel. Il existe de fait une certaine tolérance des gouvernements, à condition de rester discret. En France et en Colombie, les juridictions estiment que le caractère pénal du paiement de rançon est annulé par l’état de contrainte et de nécessité dans lequel se trouve par exemple une famille cherchant à sauver la vie d’un de ses membres. La crainte de poursuites demeure néanmoins très forte parmi les ONG, notamment celles qui dépendent des bailleurs de fonds pour leur financement.</p> <p>Le dernier risque est opérationnel : la "sagesse populaire" de notre milieu, qui n’est pas complètement dénué de fondements, affirme que payer une rançon augmente le risque de kidnappings futurs. Les preneurs d’otage seront d’autant plus enclins à réitérer leurs méfaits que le crime paie – et qu’il paie bien. Sur la base de ce raisonnement, certaines organisations ou gouvernements ont pour politique de ne jamais négocier ou en tout cas de ne jamais payer, espérant que cela finira par dissuader les organisations politico-criminelles de s’en prendre à leurs employés ou à leurs ressortissants. Cette hypothèse est pourtant démentie par les faits. Les quelques études réalisées sur les enlèvements par des organisations djihadistes au Sahel et au Moyen-Orient montrent que les ressortissants de pays ayant pour politique de ne pas négocier ne sont pas moins visés que les autres. En revanche les chances de survie des otages sont beaucoup plus faibles. Ceux qui ne peuvent être marchandés sont exécutés de manière à servir la stratégie de terreur des groupes qui les détiennent.&nbsp;</p> <p>Le problème éthique et les risques légaux et opérationnels expliquent que MSF privilégie le règlement des enlèvements par des pressions politiques, contrairement aux conseils des compagnies de sécurité privées auxquelles de nombreuses organisations recourent dans des situations de prise d’otage et qui privilégient une transaction commerciale, plus simples selon elles à gérer. Mais lorsqu’on se retrouve dans une impasse et que la transaction commerciale devient l’unique issue, nous nous y résolvons si c’est la seule manière de libérer en vie nos collègues. L’existence d’éventuelles contreparties financières (ou autres) ne fait pas l’objet de publicité, de façon à ne pas provoquer les États qui condamnent officiellement ces pratiques et à préserver, pour d’autres groupes susceptibles de s’en prendre à nos collègues, une certaine incertitude sur nos façons d’agir.&nbsp;</p> <p><strong>Le dilemme de la transparence</strong>&nbsp;</p> <p>La norme dans les milieux humanitaires et sécuritaires est de garder le silence absolu sur toute affaire d’enlèvement. La communication publique est présentée comme un danger majeur : pendant les affaires en cours, elle risquerait de faire monter les enchères et de faire durer les négociations. Une fois les affaires résolues, elle exposerait l’employeur (ou le négociateur) à des risques légaux, d’image et de sécurité.&nbsp;</p> <p>Ce n’est pas l’expérience de la section française de MSF. Pour régler les affaires en cours, la communication peut parfois s’avérer un élément clef : faire monter les enchères, c’est aussi encourager les ravisseurs à garder les otages en vie et faire pression sur les Etats, les autorités susceptibles de favoriser leur libération. C’est ce que fait aujourd’hui le CERI pour Roland Marchal et Fariba Adelkhah. Il n’y a pas de règle générale. Dans certaines circonstances, à certains moments, le silence sur les affaires en cours semble la meilleure attitude. A d’autres moments, dans d’autres circonstances, le passage par les médias, la politisation, peut-être une ressource capitale.&nbsp;</p> <p>Une fois nos collègues libérés, un minimum de transparence s’impose. L’analyse que nous faisons au Crash c’est que nous ne viendrons pas à bout des kidnappings par une politique de refus de négocier systématique, ni en cachant l’existence d’éventuelles transactions. Pour limiter les enlèvements, il faut commencer par limiter notre exposition au risque, ce qui suppose d’être informé de la fréquence des kidnappings dans un territoire donné. Cette information est aussi nécessaire pour permettre aux volontaires qui partent en mission de faire un choix éclairé sur les risques qu’ils sont prêts à prendre. Sans se faire trop d’illusions, on peut également espérer lutter contre les enlèvements en augmentant leur coût social et politique : il s’agit d’en faire un problème pour les groupes qui le pratiquent ou les autorités qui le tolèrent – et donc commencer par reconnaître l’existence de ces enlèvements. Enfin, les organisations humanitaires lutteront d’autant mieux contre ces pratiques de marchandisation odieuse que nous serons en mesure de partager les expériences sur les meilleurs moyens de se prémunir et de gérer ce type d’affaires. &nbsp;</p> <p>Tout ceci requiert un minimum de transparence. Mais ce n’est pas gagné tant la peur et l’angoisse poursuivent les organisations humanitaires bien après la libération de leurs collègues.&nbsp;<br /> &nbsp;</p> </div> <div class="citation-container"> <div class="field--name-field-citation"> <p> <span>Pour citer ce contenu :</span> <br> Fabrice Weissman, MSF face aux dilemmes des enlèvements, 18 septembre 2020, URL : <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/msf-face-aux-dilemmes-des-enlevements">https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/msf-face-aux-dilemmes-des-enlevements</a> </p> </div> </div> <div class="height-computed field field--name-field-related-content field--type-entity-reference field--label-above"> <div class="field__label">Publications associées</div> <div class="field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3745" role="article" about="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSF113152-emergency-room.JPG?h=0182dbee&amp;itok=DiBPCI4i" width="450" height="300" alt="Un panneau indique une salle d&#039;urgence" title="Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Niklas Bergstrand</div> </article> </div> <a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3745&amp;2=reading_list" token="zR8zxWx3JqRK-9Pt7ohD2nwgk5RWbPkiOUUoW9iXTag"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article de blog</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" hreflang="fr">Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2016-03-29T12:00:00Z" class="datetime">29/03/2016</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> <div class="field__item"><a href="/fr/fabrice-weissman" hreflang="fr">Fabrice Weissman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Le dernier livre en date du Crash "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques", co-dirigé par Michaël Neuman et Fabrice Weissman, sort le 31 mars chez CNRS Editions.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" rel="tag" title="Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3694" role="article" about="/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/kidnapping-la-bourse-ou-la-vie" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSF49403-rally-for-arjan-erkel.jpg?h=f7119e3f&amp;itok=L5XdguTg" width="450" height="300" alt="Rassemblement pour la libération de l&#039;humanitaire Arjan Erkel" title="Rassemblement pour Arjan Erkel devant les Nations Unies" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Kris Torgeson</div> </article> </div> <a href="/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/kidnapping-la-bourse-ou-la-vie" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3694&amp;2=reading_list" token="zYtuTk-Du_wAAvZyXNRegGhzq-MdT6muOANaUmBaNm0"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article de blog</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/kidnapping-la-bourse-ou-la-vie" hreflang="fr">Kidnapping : la bourse ou la vie</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2012-06-07T12:00:00Z" class="datetime">07/06/2012</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Khalil Dale, délégué du Comité international de la Croix-Rouge au Pakistan, a été retrouvé décapité à Quetta, dans la province du Balouchistan, le 30 avril 2012. Il avait été kidnappé près de quatre mois auparavant.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/kidnapping-la-bourse-ou-la-vie" rel="tag" title="Kidnapping : la bourse ou la vie" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Kidnapping : la bourse ou la vie</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="7681" role="article" about="/fr/publications/acteurs-et-pratiques-humanitaires/pour-en-finir-avec-la-loi-du-silence-sur-les" typeof="schema:Article" class="node node--type-article node--view-mode-teaser"> <span property="schema:name" content="Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires" class="rdf-meta hidden"></span> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2020-02/MSB1808%28High%29_2.jpg?itok=QZQd29pb" width="450" height="300" alt="The shared MSF / ICRC helicopter exchanging passengers in Gumuruk. In the rainy season helicopter is the only reliable way to move around Pibor County in South Sudan." typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Robin Meldrum/MSF</div> </article> </div> <a href="/fr/publications/acteurs-et-pratiques-humanitaires/pour-en-finir-avec-la-loi-du-silence-sur-les" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=7681&amp;2=reading_list" token="nMz47nso9E7rJEtMgZygu9Q9vK-X9g4ftSMliW-XjCA"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article</div></div><span property="schema:name" class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/publications/acteurs-et-pratiques-humanitaires/pour-en-finir-avec-la-loi-du-silence-sur-les" hreflang="fr">Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2019-11-22T12:00:00Z" class="datetime">22/11/2019</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/fabrice-weissman" hreflang="fr">Fabrice Weissman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Cet article traite de la politique de secret absolu sur les enlèvements adoptée par les organisations d'aide. Il précise que le black-out de l'information sur les cas passés et actuels est en grande partie fonction du rôle croissant des sociétés de sécurité privées dans le secteur de l'aide, qui promeuvent une politique de "payer, ne pas dire" comme option par défaut, quelle que soit la situation. L'article soutient que le secret est autant un obstacle à la résolution des affaires en cours qu'à la prévention et à la gestion des affaires futures. Il suggère d'abandonner la politique de stricte confidentialité en toutes circonstances - une politique aussi dangereuse que facile à appliquer - au profit d'une approche plus nuancée et plus stimulante qui détermine dans quelle mesure il convient de rendre publiques les affaires en cours et passées pour chaque public, en gardant toujours à l'esprit les intérêts des otages actuels et potentiels.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/publications/acteurs-et-pratiques-humanitaires/pour-en-finir-avec-la-loi-du-silence-sur-les" rel="tag" title="Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> <div class="contribution-container"> <div class="field--name-field-contribution"> <p> <span>Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article,</span> vous pouvez nous retrouver sur Twitter ou directement sur notre site. </p> <a href="/index.php/fr/contribuer?to=9052" class="button">Contribuer</a> </div> </div> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=9052&amp;2=reading_list" token="DYS9jYHCD-oKg5Kb3udpEnOJNMKrW3iA774oBXdUF2o"></drupal-render-placeholder><span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">MSF face aux dilemmes des enlèvements</span> Fri, 18 Sep 2020 10:42:19 +0000 elba.msf 9052 at https://www.msf-crash.org Humanitaires dans les zones à risque : «Parfois, il faut savoir quitter un pays» https://www.msf-crash.org/index.php/fr/le-crash-dans-les-medias/humanitaires-dans-les-zones-risque-parfois-il-faut-savoir-quitter-un-pays <div class="field field--name-field-source-media field--type-string field--label-hidden field__item">Le Parisien </div> <span class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/fr/user/125" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">elba.msf</span></span> <span class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">lun, 09/14/2020 - 14:53</span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2020-09-06T12:00:00Z" class="datetime">06/09/2020</time> </div> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/tags/ong" hreflang="fr">ONG</a></div> <div class="field__item"><a href="/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> <div class="field__item"><a href="/fr/tags/gestion-des-risques" hreflang="fr">gestion des risques</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Rony Brauman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3221" role="article" about="/fr/rony-brauman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4256.jpg?itok=nCrBsaSM" width="180" height="230" alt="Rony Brauman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Rony</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Brauman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Médecin, diplômé de médecine tropicale et épidémiologie. Engagé dans l'action humanitaire depuis 1977, il a effectué de nombreuses missions, principalement dans le contexte de déplacements de populations et de conflits armés. Président de Médecins Sans Frontières de 1982 à 1994, il enseigne au Humanitarian and Conflict Response Institute (HCRI) et il est chroniqueur à Alternatives Economiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles, dont "Guerre humanitaires ? Mensonges et Intox" (Textuel, 2018),"La Médecine Humanitaire" (PUF, 2010), "Penser dans l'urgence" (Editions du Seuil, 2006) et "Utopies Sanitaires" (Editions Le Pommier, 2000).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/rony-brauman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p><em>Dans cette interview parue dans <a href="https://www.leparisien.fr/faits-divers/humanitaires-dans-les-zones-a-risque-parfois-il-faut-savoir-quitter-un-pays-06-09-2020-8379375.php" target="_blank">Le Parisien</a> le 6 septembre, Rony Brauman analyse le drame du 9 août au Niger à la lumière de plusieurs décennies d'expérience dans le secteur de l'humanitaire, au confluent de la médecine et de la géopolitique.</em></p> <p><br /> <strong>Les travailleurs humanitaires, opérant dans des zones à risques, doivent-ils être placés sous protection militaire ?</strong></p> <p>Cette idée me semble tout à fait inappropriée. Un humanitaire ne peut pas se déplacer en permanence escorté par des militaires. Il lui deviendrait alors impossible de nouer des relations avec la population locale et des groupes terroristes lorsque cela s'avère nécessaire. Par essence, l'humanitaire est forcément une personne vulnérable qui se sent d'autant plus utile que le pays dans lequel il évolue est instable. Mais l'organisation à laquelle il appartient doit toujours se poser des questions sur le niveau des risques encourus. Et parfois, il faut savoir quitter un pays lorsque la sécurité n'est plus assurée.</p> <p><strong>A quelles conditions une ONG humanitaire peut-elle rester dans telle ou telle région ?</strong></p> <p>En dehors du sujet de la sécurité, il faut toujours veiller à s'écarter des intérêts stricts de la puissance politique qui contrôle la région, que ce soit une autorité gouvernementale ou une autorité rebelle. Sommes-nous d'avantage utiles à la population destinataire de notre aide qu'au pouvoir en place ? Voilà la vraie question. Si, par exemple, on ignore ce que devient le matériel censé bénéficier à la population, si votre liberté de mouvement et de parole n'est pas assurée, alors il faut se retirer.</p> <p><strong>Au Sahel par exemple, le piège consiste-t-il à fournir, sans le vouloir, de l'aide matérielle à des groupes djihadistes ?</strong></p> <p>Ce n'est pas un piège, c'est une réalité. Notre aide bénéficie, aussi, à des gens auxquels elle n'est pas destinée. Reste à savoir à qui elle bénéficie le plus. Il faut donc quitter les hauteurs de l'absolutisme moral pour se confronter aux réalités matérielles.</p> <p><strong>Les ONG sont-elles aussi « non gouvernementales » qu'elles le prétendent ?</strong></p> <p>A l'époque de mes débuts dans l'humanitaire, les ONG étaient regardées avec méfiance par les interlocuteurs locaux. Ils se demandaient quels services secrets ou quelles diplomaties se cachaient derrière ces organisations. Cela a vraiment changé, même si, encore aujourd'hui, certaines ONG, y compris en France, restent très proches des pouvoirs publics.<br /> &nbsp;</p> </div> <div class="height-computed field field--name-field-related-content field--type-entity-reference field--label-above"> <div class="field__label">Publications associées</div> <div class="field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3745" role="article" about="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSF113152-emergency-room.JPG?h=0182dbee&amp;itok=DiBPCI4i" width="450" height="300" alt="Un panneau indique une salle d&#039;urgence" title="Secourir sans Périr. 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La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2016-03-29T12:00:00Z" class="datetime">29/03/2016</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/michael-neuman" hreflang="fr">Michaël Neuman</a></div> <div class="field__item"><a href="/fr/fabrice-weissman" hreflang="fr">Fabrice Weissman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Le dernier livre en date du Crash "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques", co-dirigé par Michaël Neuman et Fabrice Weissman, sort le 31 mars chez CNRS Editions.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" rel="tag" title="Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="8053" role="article" about="/fr/le-crash-dans-les-medias/otages-rompre-le-silence-le-dilemme-de-lemployeur" class="node node--type-media-relay node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2020-03/MSF250905%28High%29.jpg?itok=XA4Ttkyx" width="450" height="300" alt="Diffa, Niger: Young managed touched by the conflict" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Juan Carlos Tomasi/MSF</div> </article> </div> <a href="/fr/le-crash-dans-les-medias/otages-rompre-le-silence-le-dilemme-de-lemployeur" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=8053&amp;2=reading_list" token="iKnu3jjGBUNTtJoGBfjHMcdU60MJpHw7X1-9yhOkMLc"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Parution presse</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/le-crash-dans-les-medias/otages-rompre-le-silence-le-dilemme-de-lemployeur" hreflang="fr">Otages : rompre le silence - Le dilemme de l&#039;employeur</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2020-03-04T12:00:00Z" class="datetime">04/03/2020</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/fabrice-weissman" hreflang="fr">Fabrice Weissman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Dans l'émission <em>Matières à Penser</em> de France Culture, Fabrice Weissman revient sur les dilemmes rencontrés par les organisations humanitaires confrontées à l’enlèvement d’un de leurs employés. </p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/le-crash-dans-les-medias/otages-rompre-le-silence-le-dilemme-de-lemployeur" rel="tag" title="Otages : rompre le silence - Le dilemme de l&#039;employeur" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Otages : rompre le silence - Le dilemme de l&#039;employeur</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="7036" role="article" about="/fr/publications/guerre-et-humanitaire/quoi-sert-le-droit-humanitaire" typeof="schema:Article" class="node node--type-article node--view-mode-teaser"> <span property="schema:name" content="A quoi sert le droit humanitaire ?" class="rdf-meta hidden"></span> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2020-02/20190728_RB_A%20quoi%20sert%20le%20droit%20humanitaire_MSB1810%28High%29_1.jpg?itok=HE-nF5XQ" width="450" height="300" alt="The shared MSF / ICRC helicopter exchanging passengers in Gumuruk. In the rainy season helicopter is the only reliable way to move around Pibor County in South Sudan." typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> <div class="field field--name-field-copyright field--type-string field--label-hidden field__item">Robin Meldrum/MSF</div> </article> </div> <a href="/fr/publications/guerre-et-humanitaire/quoi-sert-le-droit-humanitaire" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=7036&amp;2=reading_list" token="CCKQ07d3vX3lghZ8vbStSxgvw4VXVxCUjpUVUvxze2Q"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Article</div></div><span property="schema:name" class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/publications/guerre-et-humanitaire/quoi-sert-le-droit-humanitaire" hreflang="fr">A quoi sert le droit humanitaire ?</a></h3> </span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2019-06-28T12:00:00Z" class="datetime">28/06/2019</time> </div> <div class="field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/fr/rony-brauman" hreflang="fr">Rony Brauman</a></div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-summary field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>A entendre des porte-parole d’organismes humanitaires, les normes et principes qui fondent leur action sont battus en brèche depuis la fin de la Guerre froide, ce recul mettant en danger les équipes humanitaires et les opérations qu’elles conduisent. Il s’agit de s’interroger sur la pertinence de campagnes et de discours publics visant à réhabiliter le DIH, supposément mieux appliqué dans le passé et dont la promotion deviendrait, au vu des évolutions des conflits armés, un enjeu important de l’action humanitaire contemporaine. C’est donc à une réflexion sur la fonction politique du DIH, éclairée par son histoire, ainsi que par les attentes qu’on peut placer en lui, qu’est consacré cet article.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/publications/guerre-et-humanitaire/quoi-sert-le-droit-humanitaire" rel="tag" title="A quoi sert le droit humanitaire ?" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur A quoi sert le droit humanitaire ?</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> <span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Humanitaires dans les zones à risque : «Parfois, il faut savoir quitter un pays»</span> Mon, 14 Sep 2020 12:53:03 +0000 elba.msf 9043 at https://www.msf-crash.org Otages : rompre le silence - Le dilemme de l'employeur https://www.msf-crash.org/index.php/fr/le-crash-dans-les-medias/otages-rompre-le-silence-le-dilemme-de-lemployeur <div class="field field--name-field-source-media field--type-string field--label-hidden field__item">France Culture</div> <span class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/125" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">elba.msf</span></span> <span class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">mer, 03/04/2020 - 14:54</span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2020-03-04T12:00:00Z" class="datetime">04/03/2020</time> </div> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/prise-dotages" hreflang="fr">prise d&#039;otages</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Fabrice Weissman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3235" role="article" about="/fr/fabrice-weissman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4204.jpg?itok=sX0PzbdD" width="180" height="230" alt="Fabrice Weissman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Fabrice</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Weissman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Fabrice Weissman a rejoint Médecins sans Frontières en 1995. Logisticien puis chef de mission, il a travaillé plusieurs années en Afrique subsaharienne (Soudan, Erythrée, Ethiopie, Liberia, Sierra Leone, Guinée, etc), au Kosovo, au Sri Lanka et plus récemment en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs articles et ouvrages collectifs sur l'action humanitaire dont "A l'ombre des guerres justes. L'ordre international cannibale et l'action humanitaire" (Paris, Flammarion, 2003), "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins sans Frontières" (Paris, La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (Paris, Editions du CNRS, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/fabrice-weissman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Dans l'émission <em>Matières à Penser</em> de France Culture, Fabrice Weissman revient sur les dilemmes rencontrés par les organisations humanitaires confrontées à l’enlèvement d’un de leurs employés. Il critique notamment la politique de stricte confidentialité concernant la gestion des affaires passées, soulignant qu’elle empêche de prendre la mesure des risques et de tirer des enseignements de l’expérience.</p> <p><a href="https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/otages-de-notre-silence-25-le-dilemme-de-lemployeur" target="_blank" title="https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/otages-de-notre-silence-25-le-dilemme-de-lemployeur">Ecouter l'émission</a></p> <p>Fabrice Weissman&nbsp;</p> <blockquote> <p>Je me méfie des approches statistique et procédurière qui promettent de maîtriser la sécurité en éliminant le facteur humain. Je préfère une approche humaine, politique et sociologique qui table sur les capacités d’adaptation de l’homme face à l’incertitude plutôt que sur sa faillibilité.</p> </blockquote> </div> <span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Otages : rompre le silence - Le dilemme de l&#039;employeur</span> Wed, 04 Mar 2020 13:54:38 +0000 elba.msf 8053 at https://www.msf-crash.org Comment les humanitaires travaillent face à Al-Qaïda et l’Etat islamique https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/comment-les-humanitaires-travaillent-face-al-qaida-et-letat <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-inline clearfix"> <div class="field__label">Date de publication</div> <div class="field__item"><time datetime="2015-02-20T12:00:00Z" class="datetime">20/02/2015</time> </div> </div> <span rel="schema:author" class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/63" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Kesaven-02</span></span> <span property="schema:dateCreated" content="2015-02-20T01:00:00+00:00" class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">ven, 02/20/2015 - 02:00</span> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/negotiations-humanitaires" property="schema:about" hreflang="fr">négotiations humanitaires</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/etat-islamique" property="schema:about" hreflang="fr">Etat islamique</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/al-qaida" property="schema:about" hreflang="fr">Al Qaïda</a></div> <div property="schema:about" class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" property="schema:about" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Jean-Hervé Bradol</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3222" role="article" about="/index.php/fr/jean-herve-bradol" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4265.jpg?itok=AmXSIDIp" width="180" height="230" alt="Jean-Hervé Bradol" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Jean-Hervé</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Bradol</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Médecin, diplômé de Médecine tropicale, de Médecine d'urgence et d'épidémiologie médicale. Il est parti pour la première fois en mission avec Médecins sans Frontières en 1989, entreprenant des missions longues en Ouganda, Somalie et Thaïlande. En 1994, il est entré au siège parisien comme responsable de programmes. Entre 1996 et 2000, il a été directeur de la communication, puis directeur des opérations. De mai 2000 à juin 2008, il a été président de la section française de Médecins sans Frontières. De 2000 à 2008, il a été membre du conseil d'administration de MSF USA et de MSF International. Il est l'auteur de plusieurs publications, dont "Innovations médicales en situations humanitaires" (L'Harmattan, 2009) et "Génocide et crimes de masse. L'expérience rwandaise de MSF 1982-1997" (CNRS Editions, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/index.php/fr/jean-herve-bradol" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Comment intervenir auprès des populations civiles au cœur de la guerre en Syrie ? Jean-Hervé Bradol, ancien président de Médecins sans frontières, témoigne des négociations menées en Syrie dans les villes prises par des groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l'organisation de l'État islamique.</p> <h3><br /> MSF au pays d’Al-Qaïda et de l’État Islamique</h3> <p>Lors d’une journée de la fin du mois d’août 2013, avec quelques membres de l'équipe dont j'étais le coordinateur, nous passions l'après-midi dans une ferme dans le nord-ouest de la Syrie. MSF avait ouvert depuis trois mois un hôpital dans la ville de Qabasin du district d'Al-Bab. Depuis cette base, nous apportions également un soutien aux équipes syriennes, engagées dans des campagnes de vaccination, la gestion de petits hôpitaux ou dispensaires et l'aide à plusieurs camps de personnes déplacées dans les districts de Manbij et As- Safira, du gouvernorat d'Alep.</p> <p>Ce jour-là, nous étions invités par les membres d'une famille comprenant des notables locaux (civils, religieux et militaires) avec qui nous avions d'étroites relations de travail. La compagnie ne se résumait pas à la famille hôte. Les participants étaient des hommes de diverses origines, en grande partie réunis par des liens créés par des mariages entre les membres de différentes familles. Se trouvaient ainsi présents des Arabes, des Kurdes, des Turkmènes, des riches, des pauvres, des urbains, des ruraux, des hommes de toutes les sensibilités politiques. Tous sunnites, certains faisaient la prière de l’après-midi pendant qu’à quelques mètres de là, d’autres continuaient à converser en buvant du thé et en fumant des cigarettes.</p> <h3><br /> « Que pensez-vous des djihadistes étrangers ? »</h3> <p>J’essayais de profiter de ce moment d’oisiveté quand mon interlocuteur me ramena à la réalité en me demandant ce que je pensais des djihadistes étrangers. Jabhat an-Nu#rah li-Ahl ash-Sham, qui comptait dans ses rangs des combattants irakiens, saoudiens, maghrébins, caucasiens, européens de l’ouest, yéménites, était devenu un groupe militaire important de la région depuis 2012. À l'origine, ses militants avaient été envoyés en Syrie par l'État islamique en Irak (EII) dont ils s’étaient progressivement autonomisés. Au printemps 2013, l'EII avait tenté de reprendre le contrôle sur son corps expéditionnaire en fusionnant officiellement les deux groupes sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Les dirigeants de Jabhat an-Nusrah avaient refusé la fusion et prêté allégeance à Al- Qaïda, entraînant la défection d’un nombre important de combattants étrangers vers l’EILL.</p> <p>Sollicitée pour arbitrer, Al-Qaïda avait désapprouvé l’extension de l’État islamique d’Irak à la Syrie. L'EIIL avait alors entrepris de devenir hégémonique dans le nord de la Syrie et de prendre le contrôle de postes frontières avec la Turquie. Depuis, les relations entre l'EIIL et les différents groupes de l'opposition syrienne, y compris Jabhat an-Nu#rah, étaient devenues volatiles. Les affrontements armés se multipliaient donnant l’opportunité aux Forces armées syriennes de reprendre du terrain.</p> <p>Nous n’étions pas la seule équipe dans le nord de la Syrie. Avec 600 employés syriens et étrangers (environ 10 % du total des employés), MSF était l'un des rares organismes d'aide internationale à avoir d’importantes activités dans les territoires sous le contrôle de l'opposition<span class="annotation">À l’été 2013, MSF gérait cinq petits hôpitaux de campagne orientés vers la prise en charge des urgences, notamment des blessés de guerre et des brûlés. Elle offrait des soins préventifs (vaccination des enfants) et curatifs de médecine générale et contribuait à l'approvisionnement en médicaments et en matériel médical de plusieurs dizaines d'équipes syriennes. Elle organisait également des distributions de tentes et de matériel de secours pour des populations déplacées. À la fin de l'année 2013, l’ensemble des équipes MSF avait réalisé 4 900 interventions chirurgicales, 108 000 consultations médicales et 1 800 accouchements. Trois tonnes de matériel médical avaient été distribuées quotidiennement à un réseau de 40 hôpitaux et 60 dispensaires syriens dans lesquels le personnel de MSF n'intervenait pas directement. Dans le camp gouvernemental, malgré de multiples demandes introduites par diverses médiations, en particulier celle de la diplomatie sudafricaine, le régime avait toujours refusé l'intervention de MSF.</span>. Outre notre mission à Qabasin, une équipe était également présente dans le gouvernorat d’Al-Hasaka contrôlé par la milice du Parti de l'union démocratique<span class="annotation">Le Partiya Yekîtiya Demokrat (PYD) est l’affilié syrien du Parti des travailleurs kurdes (Partiya Karkerên Kurdistan, PKK).</span>. Quatre autres équipes intervenaient dans les districts de Tal Abyad (gouvernorat d'Ar-Raqqah), d’Azaz (gouvernorat d’Alep), d’Harem et de Jisr Ash-Shughur (gouvernorat d’Idlib).</p> <p>À l’exception de celles basées dans le gouvernorat d’Al-Hasaka et dans le district d'Harem du gouvernorat d’Idlib, les équipes MSF avaient toutes assisté à la prise du pouvoir par l’EIIL dans leurs villes. Comme à Qabasin, passée sous le contrôle de l'EIIL en août 2013, les commandants de cette organisation avaient été explicites en demandant aux équipes MSF de continuer à travailler ou de revenir si elles s'étaient retirées en Turquie pendant les combats.</p> <p>Mon interlocuteur s’apprêtait à partir pour l'une des lignes de front à Alep comme imam et sniper d’un groupe islamiste syrien bien implanté dans la région. Il me vantait les mérites de ces djihadistes venus de l’étranger pour aider l'opposition syrienne quand tout le monde l'avait abandonnée face aux Forces armées loyalistes.</p> <p><em>« Ils ont mauvaise presse en Occident mais ils se battent à nos côtés »<span>, me disait-il de ses amis de fraîche date, arrivés du monde entier pour participer au djihad. Les gouvernements étrangers soutenant l'opposition&nbsp;</span></em>avaient quant à eux limité leur aide militaire : juste assez pour que l’opposition ne disparaisse pas mais pas assez pour qu'elle fasse tomber le régime. Dans son ensemble, l'opposition syrienne offrait un spectacle pitoyable aux Syriens comme au reste du monde : incohérente, désunie, corrompue, en partie criminalisée, militairement peu efficace, prise en tenailles entre, d'un côté, les troupes de Bachar al- Assad appuyées par le Hezbollah libanais et des milices irakiennes et, de l'autre côté, les soldats de l'EIIL.</p> <p>En fait, ce qui intéressait mon interlocuteur était de savoir si nous accepterions de continuer nos activités alors que l’EIIL et les affiliés syriens d’Al-Qaïda gagnaient chaque jour en influence.</p> <p>Il savait que nous arrivions déjà à trouver un terrain d’entente avec la plupart des organisations djihadistes syriennes pour apporter une aide médicale humanitaire. Mais partagions-nous ce qu'il considérait comme l'opinion dominante en « Occident » : une hostilité radicale vis-à-vis des mouvements djihadistes transnationaux dont le plus connu était Al- Qaïda ? Au fond, étions-nous neutres et indépendants comme nous le prétendions ?</p> <p>La ville entière connaissait l’inquiétude que l’arrivée au pouvoir de l’EIIL avait provoquée au sein de notre équipe puisque neuf membres du personnel international sur quatorze avaient décidé de partir à la fin du mois d'août 2013. <em>« Que ferons-nous quand ils commenceront à commettre des atrocités ? Pourquoi ne pas partir tout de suite avant qu’ils ne s’en prennent à nous ? » </em>disait notre infirmière-chef tout en restant à son poste.</p> <p>Une simple recherche sur Google confirmait rapidement ses inquiétudes. Dix ans plus tôt, les fondateurs de l’EIIL avaient revendiqué l’attentat contre le siège des Nations unies à Bagdad. Ils étaient également considérés comme les auteurs de l’attaque à l’ambulance piégée contre le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Irak en 2003. Connus pour avoir filmé et diffusé la décapitation de 17 otages sur Internet – et avoir été critiqués pour cette pratique par Al-Qaïda –, les combattants de l’État islamique en Irak avaient revendiqué le massacre de milliers de civils lors de centaines d’attentats, notamment depuis 2010.</p> <p>En outre, nous avions tous à l’esprit l’histoire récente de nos deux collègues qui venaient d’être libérées le 18 juillet, en Somalie, après 644 jours d’une détention marquée par l’importante somme d’argent exigée pour leur libération. Bien que n’étant pas les seuls impliqués, les représentants locaux du djihad transnational, #arakat ash-Shabab al- Mujahidin, avaient joué un rôle dans la séquestration de nos deux collègues.</p> <p>Outre devoir travailler sous un prévisible régime de terreur, où l'action médicale humanitaire pourrait rapidement perdre son sens, nous étions exposés à un risque d'arrestation et de séquestration. Les deux accusations les plus fréquentes portées par les organisations djihadistes à l’encontre des organismes humanitaires étrangers étaient récurrentes et donc bien connues : espionnage et prosélytisme anti- islamique. Vu les antécédents de l’EIIL, les deux issues probables, après une longue détention, étaient l'échange contre une importante somme d'argent ou la mort.</p> <p>Échapper à l'un ou l'autre de ces sorts peu enviables impliquait que nous puissions être informés voire protégés par des individus et des groupes de combattants. À mes yeux, il n’était pas impossible que ce rôle puisse être joué par des personnes comme mon interlocuteur et le groupe avec lequel il combattait.</p> <h3><br /> <strong>La prise du pouvoir par l’EIIL dans notre ville</strong></h3> <p>Je lui racontai d'abord que le commandant de l’EIIL, accompagné de quelques soldats, était venu nous voir au bureau quelques jours plus tôt, peu après avoir évincé les autres groupes à l’occasion d’un conflit avec des combattants kurdes. Il demandait à parler à la personne responsable de notre équipe. Ne désirant ni se départir de ses armes en raison du risque d’escarmouches avec les forces kurdes, ni entrer armé dans notre bureau sachant que cela ne nous plairait pas, le commandant de l’EIIL m’avait invité à discuter dans la rue devant une petite foule de témoins, ce qui me convenait d’autant mieux. Après les salutations d’usage, il déplora le départ de nos collègues et en demanda les raisons.</p> <p>Dans ma réponse, j’évitais de mentionner la crainte particulière que nous inspirait son organisation. Il se déclara favorable à la poursuite de nos activités. Il s’engageait à ne pas interférer avec notre gestion de l’hôpital. Le maintien sur place de membres de notre personnel international ne lui posait aucun problème, quelles que soient leurs nationalités. Il ne réclamait pas une stricte séparation des femmes et des hommes lors des activités médicales. Les femmes pouvaient travailler la tête couverte sans que leur visage soit masqué. L’hôpital était autorisé à recevoir les malades et les blessés sans discrimination, notamment ceux des forces kurdes.</p> <p>Il se porta garant de notre sécurité et confirma ses déclarations par une lettre officielle de l’EIIL délivrée au bureau quelques heures plus tard. Pour lui, il était essentiel que son arrivée au pouvoir ne s’accompagne pas de la fermeture du seul hôpital de la ville.</p> <p>Outre ce récit de notre premier contact avec ce commandant de l'EIIL, je complétais ma réponse au sujet de mon opinion sur ses <em>« nouveaux amis » </em>à mon interlocuteur syrien en lui disant que MSF avait assisté, au début des années 1980, à la naissance de ces groupes de djihadistes transnationaux dans le contexte de la résistance à l'invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique. Non que la présence au même moment dans la même région implique l'existence de relations. En Afghanistan, les contacts avaient été pour l’essentiel rares et fortuits.</p> <p>Après le 11 septembre 2001, les contacts s’étaient multipliés et étendus à plusieurs pays (Somalie, Pakistan, Tchétchénie, Irak, Yémen, Libye, Mali…). Dans les cas où les djihadistes nous avaient permis de travailler sur leurs territoires, l’entreprise avait avorté à plus ou moins brève échéance. Cela pour deux raisons qui ne s'excluaient pas l'une l'autre. Soit les djihadistes et leurs alliés avaient commencé à se battre les uns contre les autres en créant ainsi un climat d’insécurité général provoquant souvent des retraits de notre part de certaines villes somaliennes à partir de 2007 ; soit, après une série de victoires, ils avaient fini par se trouver face à un adversaire militaire beaucoup plus puissant. Ils avaient alors rapidement perdu du terrain dans des conditions catastrophiques pour des populations locales bombardées et parfois massacrées dans le cadre d'opérations « anti-terroristes » comme Tchétchénie en 2000, en Afghanistan après 2001 ou en Somalie après 2006.</p> <p>Mon esquisse à grands traits de la relation entre djihadisme transnational et action humanitaire troubla mon interlocuteur. Je n'étais pas mécontent de ne plus être le seul à être inquiet. Mon problème n'avait pas disparu pour autant. Devions-nous continuer à travailler dans cette ville désormais sous l’autorité de l’EIIL ?</p> <p>Pour l’instant, ses soldats avaient géré les opérations militaires contre les forces kurdes de façon à éviter un bain de sang et ils proposaient aux vaincus une amnistie conditionnelle : remettre son arme, ne pas parler, ne pas agir contre l’EIIL sous peine de mort et de confiscation de tous ses biens. Le contrat était signé par l’intéressé, un témoin et un juge de l’EIIL. Les images de la cérémonie « d’amnistie » avaient été postées sur Youtube. Les attitudes que nous observions oscillaient entre la séduction à l’égard de la population et la menace vis-à-vis des récalcitrants.</p> <p>Les nouveaux maîtres des lieux annonçaient une baisse du prix du pain et du fuel. Ils s’en étaient pris à un groupe de bandits et rendaient à leurs propriétaires les biens qu’ils avaient récupérés. La fermeture des magasins lors de la prière du vendredi était imposée et l’information circulait que bientôt la consommation du tabac serait interdite. Une période d’amélioration de la sécurité publique et de baisse des prix semblait s’annoncer.</p> <p>Regarder les jeunes soldats étrangers et syriens de l’EIIL, à peine formés à la guérilla, s’essayer à la gestion de la société locale en déclarant représenter l’État donnait l’impression d’une tentative d’ingénierie sociale presque comique si on oubliait la violence dont ses promoteurs pouvaient être capables. Premier incident sérieux, le vendredi suivant leur prise de pouvoir par les armes, avant de diriger la prière dans l’une des principales mosquées de la ville, le commandant de l’EIIL, aux manettes d’un bulldozer, avait détruit le tombeau d’un saint soufi.</p> <p>Cependant, dans l’immédiat, les soldats de l’EIIL avaient des préoccupations plus importantes que celles liées à l’administration de la ville et à notre présence. D'une part, leurs relations avec les groupes armés de l'opposition syrienne se détérioraient. Ces derniers n'acceptaient pas qu'un groupe arrivé d'Irak depuis quelques mois veuille leur imposer par les armes un pouvoir étatique, fût-il islamique. Ils refusaient le monopole que tentait d'établir l’EIIL sur les affaires civiles, militaires et religieuses du district d'Al-Bab. En conséquence, la Cour islamique du district qui représentait l’ensemble des groupes islamistes syriens et les autorités sanitaires provinciales de l’opposition soulignaient par écrit que seule MSF était habilitée à gérer l’hôpital de Qabasin.</p> <p>En privé, les membres des autres groupes armés affirmaient une réelle défiance à l’égard de l’EIIL tout en se croyant encore capables de contenir son ambition à contrôler non seulement la petite ville où était situé notre hôpital mais aussi l’ensemble du district d’Al-Bab. Dans les rangs de l'opposition circulait l'idée que l'EIIL était si étrangement épargné par les bombardements du régime que cela signifiait forcément une forme de collaboration. Ce n'était pas encore la guerre ouverte avec l'EIIL mais les accrochages armés, les attentats et les assassinats se multipliaient.</p> <p>D'autre part, à la suite du massacre de plusieurs centaines de personnes commis par les Forces armées syriennes qui avaient utilisé le 21 août un gaz de combat, le sarin, dans une banlieue de Damas, les États-Unis, la Turquie et la France menaçaient de bombarder le territoire syrien. Les soldats de l’EIIL craignaient d’être eux aussi la cible de bombardements américains éventuels. Nombre d’entre eux étaient partis se cacher à l’extérieur de la ville.</p> <h3><br /> <strong>Trente années d’expériences</strong></h3> <p>Le maintien de notre présence dans la ville postulait l’existence de moments où l’action humanitaire est possible sous la domination d’une organisation djihadiste transnationale même aussi inquiétante que l'EIIL. Mais comment anticiper l’instant où cela deviendrait beaucoup trop dangereux ?</p> <p>Pour répondre à cette question, j’essayais de poursuivre avec moi-même la conversation débutée avec mon interlocuteur, le djihadiste syrien. Je me remémorais les exemples de situations proches que j’avais vécues et celles dont mes collègues m’avaient parlé. Cela m’amena à tenter de formuler les grands traits de l’évolution des relations entre populations, humanitaires et djihadistes transnationaux en quatre phases : « le chevalier de la foi », « la lune de miel », « la déception » et le « désastre ».</p> <p>Ma tentative de découpage à l’emporte-pièce était aussi rapide que grossière. Je n’avais pas l’intention de me livrer à une modélisation permettant de faire des pronostics. Je tâtonnais pour trouver une matrice à partir de laquelle raisonner. Comme responsable de l'équipe, je savais qu'en cas d'erreur de jugement de ma part, je ne serais pas le seul à en faire les frais. Bien sûr, chacun des cinq membres de l’équipe internationale qui avaient accepté de rester était libre de choisir de partir. Mais cette liberté de choix ne signifiait pas pour autant qu’un départ serait possible. Cela dépendait de la bonne volonté des nouveaux maîtres de la ville qui contrôlaient les voies de sortie de Qabasin et des conditions de sécurité sur les routes menant à la frontière turque.</p> <p>En outre, les représailles contre nos collègues syriens, une centaine au total, étaient toujours possibles après un éventuel départ de l’ensemble du personnel international. Au moment de leur arrivée au pouvoir dans la ville, le départ sans préalable de neuf de nos collègues de l’équipe internationale avait pris tout le monde de vitesse. Nous savions que nous ne pourrions bénéficier une deuxième fois de l’effet de surprise.<br /> &nbsp;</p> <h3>« Le chevalier de la foi »</h3> <p>Je continuais à réfléchir. Cela avait au moins une vertu anxiolytique. Dans mon esprit, la première période de la relation entre djihadistes étrangers et population locale était celle du « chevalier de la foi ». Ils sont indiscutablement pieux et courageux. Ils s'opposent à des monarchies ou à des régimes militaires corrompus et répressifs, voire à une invasion étrangère d’infidèles (le régime afghan de Mohammed Najibullah soutenu par l’armée soviétique, le régime irakien de Nouri al- Maliki soutenu par les troupes américaines).</p> <p>Au cours de cette période, les djihadistes avec leur apparent désintéressement et leur disposition à sacrifier leurs vies pour défaire un régime autoritaire jouissent d’un réel prestige au sein de larges segments de la population comme des humanitaires. En Syrie, Jabhat an-Nusra avait incarné jusqu’à peu ce rôle avec un certain brio.</p> <p>Dans un tel contexte, soigner les blessés de ces « chevaliers de la foi », c'est se conformer au principe d'impartialité comme à l’inclination spontanée de nombreux travailleurs humanitaires en faveur de ceux qui incarnent la rébellion face à l’oppression. Je me souvenais m’être réjoui, au début des années 2000, en compagnie d'un médecin tchétchène, quand nous avions appris qu'un hélicoptère russe avait été abattu par des islamistes. Non qu'aucun d'entre nous ne s’inquiétait alors de la dimension effrayante des idées et des crimes de guerre des partisans de Chamil Bassaïev. Mais, dans ce contexte de répression brutale et aveugle de la part de l’armée russe, l’aura du résistant enveloppait encore le chef de guerre tchétchène pourtant déjà en voie d’intégration dans le djihad transnational.</p> <p>Au fil du temps, dans le Caucase, cette période « chevaleresque » avait été aussi marquée par les attentats accompagnés de pertes civiles importantes, les tortures et les exécutions de prisonniers lors de mises en scène macabres, les enlèvements et séquestrations, les assassinats ciblés, les menaces de mort envers ceux qui n’adhéraient pas à la cause.</p> <h3><br /> « La lune de miel »</h3> <p>Je poursuivais ma réflexion et la deuxième phase des relations entre populations et djihadistes transnationaux me semblait être celle de la « lune de miel ». Leur arrivée au pouvoir dans certaines localités s’accompagne souvent d’une amélioration temporaire de la sécurité collective et d’une baisse des prix des denrées de première nécessité. Les premières contreparties exigées paraissent mineures (tenue vestimentaire plus stricte pour les femmes, fermeture des commerces pendant la prière du vendredi, interdiction de l’usage et de la vente du tabac…) en regard de l’amélioration momentanée de la sécurité collective et du pouvoir d’achat d’une population auparavant exposée à la violence de la dictature, aux prédations des divers groupes politiques en armes et aux méfaits des bandits.</p> <p>C’était ce qui se produisait dans notre ville à la fin de l’été 2013. En me rendant à un rendez-vous avec le nouveau commandant local, je le trouvais assailli par un groupe de civils essayant de récupérer leurs biens après que l’EIIL eut fait main basse sur le butin d’un groupe de voleurs. Les biens, de la petite moto au téléphone portable, étaient soigneusement conservés dans un souci de professionnalisme policier. Chaque téléphone portable était emballé dans un sachet en plastique et rangé sur les étagères d’une armoire métallique fermant à clé dans le bureau du commandant.</p> <p>D’un point de vue économique et social, les soldats de l’État islamique utilisaient leur emprise sur les silos à grains de la région pour faire baisser le prix du pain et ils projetaient de distribuer du fuel à un prix bien inférieur au marché pour que les habitants puissent se chauffer pendant l’hiver. Ils parlaient de relancer l’instruction scolaire en déclarant vouloir s’appuyer sur le curriculum qu’ils avaient mis en place dans une partie de la province du Hadramaout au Yémen.</p> <p>Pour nous, cet enthousiasme d’une partie de la population n’était pas un phénomène nouveau. En 1996, le coordinateur de MSF à Kaboul décrivait, dans un programme d’information de Radio France Internationale, la joie de la population à l’arrivée au pouvoir des talibans dans la capitale afghane. Le même phénomène s’était reproduit dix ans plus tard à Mogadiscio en 2006 quand les Cours islamiques en avaient pris le contrôle. Enfin, les habitants de la capitale pouvaient sortir de chez eux sans être ni harcelés par des miliciens ni être victimes d'une balle perdue.</p> <h3><br /> « La déception »</h3> <p>Mais nos expériences antérieures montraient aussi qu’une période plus noire avait souvent succédé à la « lune de miel » : celle de la « déception ». L’amélioration économique initiale reposait sur la lutte contre le banditisme et la corruption ainsi que sur la redistribution des ressources obtenues par la confiscation des biens de l’ennemi. Pour le dire d’une manière simple, un silo à grains est plus facile à vider qu’à remplir et prélever un impôt est plus aisé que d’assurer le maintien de l'activité économique. Les redistributions opérées par les djihadistes ressemblent plus à l'attitude du bandit social « qui vole les riches pour donner aux pauvres » qu'à celle de l'administrateur d'un État islamique.</p> <p>Outre les dépenses militaires, une bonne partie de leur trésorerie est consacrée aux entreprises de séduction clientélistes visant à obtenir le soutien de notables locaux et des groupes de populations les moins favorisés. Mais les djihadistes transnationaux ont rarement la solidité financière qui leur permettrait d’éviter, à plus au moins brève échéance, de se transformer en prédateurs économiques aux dépens de la population locale et des humanitaires.</p> <p>En 2008, lors d’un séjour en Somalie, je m’étais étonné de la facilité avec laquelle #arakat ash-Shabab al- Mujahidin avait conquis de larges territoires. Lors d’une visite dans un hôpital que nous avions pu ouvrir grâce au soutien des notables du quartier de Daynile, dans la banlieue de Mogadiscio, j’avais demandé à l’un d’entre eux comment cette organisation qui affichait son intention d’intégrer Al-Qaïda s’y prenait pour se faire accepter par les chefs de clan à son arrivée sur leurs territoires.</p> <p><em>« C’est simple, ils font comme n’importe quel nouvel arrivant sur le territoire d’un clan somalien, ils commencent par payer »<span>, m’avait répondu un commerçant, membre du conseil d’administration de l’hôpital. Mais la générosité initiale n’avait pas duré. En 2007, les habitants du quartier se plaignaient du racket exercé par les miliciens du gouvernement. En 2008, Ash-Shab#b avait repris cette activité lucrative sous une autre forme à laquelle les habitants du quartier n'étaient pas moins hostiles. En effet, le prix&nbsp;</span></em>à payer en termes d'isolement, de prélèvements et de restrictions des libertés en échange de la protection d'Ash-Shab#b devenait de plus en plus élevé.</p> <h3><br /> <strong>« Le désastre »</strong></h3> <p>Je me remémorais également comment à Kaboul, à Mogadiscio ou à Tombouctou, l’encadrement des mœurs et des libertés individuelles était devenu un sujet de tension et de « déception ». Rapidement, la police des mœurs se confronte à la diversité des points de vue des habitants. Nombreuses sont les femmes qui se plaignent de ne quasiment plus pouvoir sortir de chez elles et de perdre leurs revenus, faute de pouvoir s’acheter plusieurs vêtements conformes ou d'être accompagnées par un homme lors de leurs activités à l'extérieur de la maison. Que dire des jeunes qui doivent renoncer au football, à porter les habits de leur âge et à la musique comme dans les villes du nord du Mali conquises par les djihadistes en 2012 ?</p> <p>Dans les activités médicales, la stricte séparation des hommes et des femmes pose des problèmes insolubles. Comment faire quand on dispose d’un(e) seul(e) chirurgien(e) ? Ce qui était le cas dans notre hôpital à Qabasin.</p> <p>Dans notre petite ville du nord de la Syrie, la pression montait déjà. Un homme fou de joie à la naissance de son premier enfant avait osé embrasser sa femme sur son lit d’hôpital alors qu’un paravent les séparait des autres patients. Un membre du personnel qui n’était pas lui-même affecté de pudibonderie était venu me demander de réagir avant que les partisans de l’EIIL ne saisissent l’opportunité de cet acte « indécent » pour se mêler de la gestion des mœurs à l’intérieur des salles d’hospitalisations. Je pensais aux histoires rapportées par mes collègues qui, à la fin des années 1990, avaient dû faire face aux demandes d’une stricte séparation des sexes lors des soins de la part des talibans afghans. Cela avait été un cauchemar en terme d’organisation de l’activité médicale avec pour conséquence la diminution de l’offre de soins pour les femmes.</p> <p>Face aux difficultés économiques et sociales caractéristiques de la période dite de « déception », la tentation des djihadistes avait été de réagir en renforçant l’imposition violente de leurs normes religieuses. Cela fut le cas pendant la famine en Somalie en 2010 et au Mali en 2012. Ils expliquent les échecs par le refus d’une partie de la société de respecter les commandements d’origine divine. Leurs revers militaires reçoivent le même type d’explications et sont suivis d’une chasse aux infidèles, aux apostats, aux espions et aux saboteurs.</p> <p>Ce climat paranoïaque commençait à se développer sous nos yeux au nord de la Syrie. Des purges, des scissions et des recompositions toujours accompagnées de violences survenaient au sein des groupes djihadistes. La pacification et le relatif regain de prospérité consécutifs à l'arrivée au pouvoir de l'EIIL dans certaines villes s’estompaient au profit d’une mise en scène spectaculaire de ses violences contre des non-combattants : décapitations, égorgements, lapidations, crucifixions, exécutions par arme à feu, amputations de membres, flagellations, bannissement, confiscations de biens, destruction d'édifices.</p> <p>Dans plusieurs cas, la « déception » a été suivie à plus ou moins brève échéance d’un véritable « désastre ». Le strict contrôle d'un territoire n'est pas la seule ambition des mouvements djihadistes transnationaux qui, à l’instar d’Al-Qaïda et de l’EIIL, recherchent également la confrontation sur la scène régionale ou mondiale avec des États puissants.</p> <p>L’histoire récente justifie l’emploi du terme désastre pour qualifier les violences subies par les populations sous la tutelle de ce type d'organisations, lors de la débâcle qui manque rarement de se produire face à des ennemis plus forts : interventions de l’Otan en Afghanistan (2001), de l’Éthiopie en Somalie (2006), de la France au Mali (2013). Dans l’exemple de la Somalie, après l’éviction des combattants d’Ash- Shabab de la capitale et leur retrait vers le sud du pays, leur région est devenue l’épicentre d’une nouvelle famine (2010). Mais il est aussi vrai que du Yémen à la Libye, de l’Irak à la Syrie, de nombreuses entreprises de contrôle territorial par les djihadistes sont toujours en cours. Se termineront-elles aussi par un désastre pour les populations concernées ?</p> <h3><br /> L'humanitaire sous l’État islamique</h3> <p>En ce qui concernait la présence de MSF dans le nord de la Syrie, j’en arrivais à la conclusion que la « lune de miel » de l’été 2013 serait vraisemblablement de courte durée. De fait, le 4 août, une voiture de MSF était interceptée dans la ville d'Alep par un groupe mal identifié. Le chauffeur fut relâché immédiatement mais notre assistant logisticien fut emmené. Il fut libéré au bout de quelques semaines suite à une décision de l’EIIL.</p> <p>Le 2 septembre 2013, Muhammad Abyad, chirurgien syrien travaillant dans l'hôpital de Bab Al-Salama (district d’Azaz) de MSF, était enlevé dans la maison de Sejo où une partie du personnel syrien était hébergée. Le lendemain matin, une photo de son corps était publiée sur la page Facebook du Comité local de coordination de Tal Rifat. Le cadavre portait des traces de tortures et celles de neuf impacts de balles. Notre collègue affichait, en particulier sur sa page Facebook, des opinions religieuses et politiques à l'opposé de celles des islamistes.</p> <p>Quelques semaines avant son exécution, une source fiable nous avait informés que des membres de l'EIIL accusaient l'équipe MSF de l'hôpital de Bab Al-Salama de se livrer à du prosélytisme contre l’Islam. Rencontrés après l’assassinat, tous les groupes militaires de la région, Jabhat an-Nu#rah et l'EIIL compris, déclarèrent ne pas être responsables de l'assassinat. Le 6 septembre, l'Observatoire syrien des droits de l'homme affirmait dans un communiqué que, selon les médecins de leur réseau, notre collègue avait été supplicié par l’EIIL<span class="annotation">Depuis lors, d’autres observateurs incriminent des groupes djihadistes locaux ayant bénéficié de l’aide de certains de leurs partisans au sein du personnel local de MSF.</span>.</p> <p>Au début de l’année 2014, les tensions entre l’EIIL et les autres groupes (y compris Jabhat an-Nu#rah) prirent la forme d’une guerre ouverte. En passe de se faire expulser du district de Jisr Ash-Shughur, l’EIIL opéra une retraite stratégique, emportant, en guise de butin, cinq membres du personnel international de MSF qu’il avait arrêtés le 2 janvier 2014. En dépit des soins prodigués à ses soldats blessés et de la parole donnée, l’EIIL exigea une importante somme d’argent pour leur libération. Les membres du personnel international de MSF qui ne l’avaient pas encore fait quittèrent le nord de la Syrie en février 2014, à l’exception de ceux qui opéraient dans le gouvernorat d’Al-Hassaka dans une zone contrôlée par les forces kurdes.</p> <p>Une fois l’équipe libérée en mai 2014, MSF mit progressivement un terme à ses activités dans les zones contrôlées par l’EIIL, devenu entretemps État islamique (EI) suite à la proclamation du califat le 29 juin 2014.</p> <p>Depuis, les autorités de l’EI du district d’Al-Bab ont recontacté MSF en demandant à recevoir des donations en médicaments et matériel médical. Des requêtes du même type ont été formulées auprès d'autres représentants de l’association en Syrie et en Irak. Lorsqu’en réponse, nous demandons que les dirigeants de l’EI s’expliquent sur l’arrestation, la détention et le racket de notre équipe, nos interlocuteurs rétorquent qu’il est trop dangereux pour eux-mêmes de transmettre nos griefs et nos exigences à leurs supérieurs.</p> <p>Quand nous leur expliquons qu’avant de considérer leur requête, nous demandons aux dirigeants de l’EI d’inviter officiellement MSF à travailler sur son territoire et de s’engager publiquement à garantir notre sécurité, les représentants locaux de l’EI répondent qu’il est irréaliste d’attendre de leurs chefs une telle décision. Ils réclament simplement d’être approvisionnés en médicaments et matériel médical en déclarant que si MSF ne s’y résout pas, cela confirmera son alignement sur la politique menée par « l’Occident ».</p> <p>Cherchant à sortir de l'impasse dans laquelle se trouvent ses relations avec MSF, l'EI nous envoie désormais comme émissaires ses « alliés » ou ses « otages » locaux : des représentants des grandes familles de la région ou du corps médical. Certains sont volontaires pour collaborer avec l'EI et d'autres tout simplement terrorisés par les menaces contre eux et leurs familles.</p> <p>Ces émissaires déclarent que si nous passons un accord avec eux nous n’aurons pas à fréquenter les membres de l’EI qui leur auraient laissé la liberté de gérer au quotidien les villes et les hôpitaux. Nous comprenons néanmoins lors de ces discussions qu'il ne pourrait s’agir pour les représentants de MSF de parler librement avec les habitants, ni d’évaluer par nous-mêmes les besoins médicaux et sanitaires, ni d’employer des personnels disposant d'une marge de manœuvre afin d’œuvrer dans le respect du principe d’impartialité. Il nous est précisé que ne pourraient entrer sur le territoire du califat que des musulmans – étant entendu, selon les discours de l'EI, que tout musulman doit faire allégeance au calife sous peine de se voir appliquer le seul châtiment qui convienne aux apostats : la mort.</p> <h3><br /> <strong>Soutien inconditionnel</strong></h3> <p>En aucun cas, un humanitaire indépendant ne serait en mesure d'exercer une activité médicale avec des blessés et des malades sans être espionné en permanence. Les organismes d’aide sont invités à remettre leurs produits à l’EI qui se chargera de la mise en scène des distributions à condition que les produits ne portent aucune mention de leur origine. Cela va presque sans dire que les humanitaires ne sont pas invités à participer à de réelles évaluations des besoins de la population.</p> <p>En somme, ce n'est pas une aide humanitaire que réclame l'EI – une organisation qui en guise de propagande diffuse les images de ses crimes de masse, tels que l’exécution de centaines de prisonniers de guerre. Ce qu'attend et obtient l’État islamique de l'aide internationale, c'est un soutien inconditionnel à son économie de guerre.</p> <p>Après avoir subi les violences de l’EI, d'août 2013 à mai 2014, en Syrie, malgré les garanties de protection données par oral et par écrit, nous avons peu d'espoir d'arriver à un accord digne de confiance avec l’État islamique. Mais nous poursuivons les démarches, signifiant par là-même que nous sommes prêts à négocier avec tous les belligérants sans discrimination.</p> <h3><br /> Une organisation comme l’État islamique peut-elle évoluer ?</h3> <p>Nous savons par expérience que les groupes les moins enclins à accepter une aide humanitaire qui ne soit pas totalement à leur service finissent souvent par évoluer. Ainsi les talibans afghans et leurs alliés étrangers interdisaient l'accès aux organismes d'aide internationaux entre 2001 et 2006. Depuis, il est devenu possible de travailler pour des organismes comme le CICR et MSF dans des territoires où les talibans sont influents. Dans le cas de l'EI, quels signes pourraient annoncer une évolution vers de meilleures modalités de coopération avec des humanitaires qui resteraient soucieux que leur aide profite davantage aux non-combattants qu’à une organisation militaire engagée dans l'édification d'un régime totalitaire ?</p> <p>La réponse à cette question se trouve en partie dans les discours publics de l’État islamique.</p> <p>Bien sûr, le suivi des évolutions de l’EI ne peut se résumer à l’analyse de ses déclarations. Mais faute de disposer de solides enquêtes de terrain et puisque nous sommes face à une organisation attentive à la cohérence entre ses paroles et ses actes, les contenus de la communication publique de l’EI constituent l’une des rares sources disponibles.</p> <p>L’idéologie de l’EI telle qu’elle est présentée dans ses publications officielles, comme les quatre numéros de la revue <em>Dabiq</em>, légitime les violences de masses et l’effroi qu’elles provoquent par un récit millénariste. Depuis des siècles, notamment en Europe, la croyance en l’apocalypse et en l’émergence d’un monde nouveau est commune à de nombreux mouvements de contestation, religieux comme laïques.</p> <p>Dans l’Islam sunnite invoqué par l’EI deux caractéristiques sont mises en avant. Ainsi, explique l’universitaire Mercedes García-Arenal :</p> <p><em>« Premièrement, au lieu du mahdi [messie] apparaissant une fois pour toutes à la fin des temps, l'histoire produira à différentes époques critiques des ‘Maîtres de l'Heure’ qui sauveront la communauté de quelque péril temporaire. Et deuxièmement, ces ‘Maîtres de l'Heure’ auront des délégués (khalîfa-s) qui prépareront le terrain à leur message</em><span class="annotation">Mercedes García-Arenal, « Introduction », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 91-94, Mahdisme et millénarisme en Islam, juillet 2000, mis en ligne le 15 octobre 2004, consulté le 31 octobre 2014. URL : http:// remmm.revues.org/245</span><em>. »</em></p> <p>Si Al-Qaïda et l’État islamique inscrivent leur action dans ce même récit théologique, les deux organisations diffèrent sur un point important : la détermination du moment où l’apocalypse et l’émergence d’un monde nouveau se réalisent. La singularité de l’EI est d’affirmer que l’accomplissement de la prophétie, c'est ici et maintenant. Le moment présent est moins que jamais celui du libre arbitre. À l’inverse, il doit être celui de l’obéissance absolue au calife pour assurer le salut des croyants. C’est dans ce registre prophétique et non dans le Coran que sont puisées les justifications ultimes de certaines des violences qu’il pratique et publicise.</p> <p>Par exemple, l’EI explique la mise en esclavage des femmes yézidies non seulement comme un traitement approprié pour des polythéistes mais aussi parce que&nbsp;<em>« la résurgence de l’esclavage avant l’heure » </em>est annoncée par la prophétie<span class="annotation">« The revival of slavery before the Hour », Dabiq, n°4, p. 14. </span>. « L’heure » dont il s’agit est celle de la plus grande des batailles (al-Malhamah al-Kubra). Celle où le mahdi terrasse l'antéchrist (al- Dajjâl) afin de permettre l'avènement d'un monde nouveau.</p> <p>Pour d’autres organisations djihadistes transnationales, dont Al-Qaïda, la fin du monde se situe dans une perspective un peu plus lointaine.</p> <p>Cette distance temporelle ouvre la possibilité à des compromis tactiques. Il est ainsi recommandé par Al- Qaïda de laisser la gestion territoriale à des alliés locaux (par exemple An##r ad-D#n au nord du Mali ou les talibans en Afghanistan). Il est conseillé à ses membres et à ses sympathisants de mettre en place les normes religieuses de l’organisation en tenant compte de la façon dont elles sont perçues par la population. Cela peut conduire Al-Qaïda à recommander une approche pédagogique à ses militants.</p> <p>Ainsi, écrivaient les dirigeants d'Al-Qaïda au Maghreb islamique à leurs hommes déployés dans le nord du Mali en juillet 2012 : c’est une <em>« politique insensée » </em>que de faire preuve de <em>« précipitation dans l'application de la Charia sans prendre en compte le principe de l'application progressive dans un environnement où les populations ignorent les préceptes religieux depuis des siècles. L'expérience a prouvé que l'application de la Charia sans en mesurer les conséquences repousse les populations et les pousse à refuser la religion et détester les Moudjahidines et bien entendu conduit à l'échec toute l'expérience ».</em></p> <p>Autre signe distinctif entre l’EI et Al-Qaïda, les dirigeants de l’organisation d’Ayman Al-Zaouahiri se déclarent émir (commandant ou prince à l’échelle de territoires limités) et non calife (commandeur de l’ensemble des croyants à l’échelle de la planète), le délégué chargé de préparer le retour du mahdi. Al- Qaïda anime un réseau transnational et laisse ses alliés indigènes gérer les affaires locales pour se concentrer sur la dimension transnationale de l’affrontement. L’EI a établi le califat sur les terres mêmes du Levant où il affirme que l'apocalypse est sur le point de se produire. En attendant le retour des « croisés » pour un <em>remake </em>de la bataille de Dabiq, ses ennemis prioritaires sont ses voisins les plus puissants : l’Iran et l’Arabie saoudite. L’inscription des idées de l’État islamique dans l’espace moyen- oriental de la prophétie apocalyptique ne l'empêche pas pour autant de tisser la toile d'un réseau mondial dont le califat serait le centre.</p> <p>Jusqu'à quel point les partisans de l'EI croient-ils au récit mythique dont ils sont les acteurs et les narrateurs ? Quelles passions et quels intérêts se jouent derrière cette scène où théâtralité et horreur se conjuguent pour sidérer les spectateurs ?</p> <p>L'objet de ce texte n’était pas d'apprécier des degrés de croyance et de dresser un tableau des luttes de pouvoir au sein des groupes de djihadistes transnationaux. En tant que praticiens humanitaires, on peut néanmoins formuler l’hypothèse que tant que la fin du monde sera la perspective à court terme de l'EIIL, il est peu probable que les collaborations débouchent sur autre chose que la mobilisation des ressources de l’aide humanitaire internationale pour édifier par un usage débridé de la violence une société totalitaire en prélude à la fin des temps.</p> <p>Pourtant, l’EI se trouve aujourd'hui dans une situation délicate née de son appétit territorial. Il doit faire face à des défis majeurs et inédits. Pour ne prendre qu'un exemple, comment l’EI compte-t-il couvrir les besoins sanitaires d'une population de plusieurs millions de personnes ? Pour atteindre cet objectif, nul doute que de multiples formes de coopération internationale sont nécessaires. Or, dans sa mise en scène de la fin du monde, quels rôles l’État islamique pourrait- il distribuer à des organismes comme le Programme alimentaire mondial de l’ONU, le CICR ou d’ONG comme MSF ?</p> </div> <div class="citation-container"> <div class="field--name-field-citation"> <p> <span>Pour citer ce contenu :</span> <br> Jean-Hervé Bradol, Comment les humanitaires travaillent face à Al-Qaïda et l’Etat islamique, 20 février 2015, URL : <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/comment-les-humanitaires-travaillent-face-al-qaida-et-letat">https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/guerre-et-humanitaire/comment-les-humanitaires-travaillent-face-al-qaida-et-letat</a> </p> </div> </div> <div class="contribution-container"> <div class="field--name-field-contribution"> <p> <span>Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article,</span> vous pouvez nous retrouver sur Twitter ou directement sur notre site. </p> <a href="/index.php/fr/contribuer?to=3982" class="button">Contribuer</a> </div> </div> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3982&amp;2=reading_list" token="6B6GIslt9WAub9-MZqcghYQwZxarV6TCW-nYUea7P2c"></drupal-render-placeholder><span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Comment les humanitaires travaillent face à Al-Qaïda et l’Etat islamique</span> Fri, 20 Feb 2015 01:00:00 +0000 Kesaven-02 3982 at https://www.msf-crash.org Ending the Code of Silence on Abductions of Aid Workers https://www.msf-crash.org/index.php/en/publications/humanitarian-actors-and-practices/ending-code-silence-abductions-aid-workers <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-inline clearfix"> <div class="field__label">Date de publication</div> <div class="field__item"><time datetime="2019-11-22T12:00:00Z" class="datetime">22/11/2019</time> </div> </div> <span rel="schema:author" class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/125" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">elba.msf</span></span> <span property="schema:dateCreated" content="2020-02-11T15:43:23+00:00" class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">mar, 02/11/2020 - 16:43</span> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" property="schema:about" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/gestion-des-risques" property="schema:about" hreflang="fr">gestion des risques</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/espace-humanitaire" property="schema:about" hreflang="fr">espace humanitaire</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/acces-humanitaire" property="schema:about" hreflang="fr">accès humanitaire</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/professionalisation" property="schema:about" hreflang="fr">professionalisation</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Fabrice Weissman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3235" role="article" about="/fr/fabrice-weissman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4204.jpg?itok=sX0PzbdD" width="180" height="230" alt="Fabrice Weissman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Fabrice</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Weissman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Fabrice Weissman a rejoint Médecins sans Frontières en 1995. Logisticien puis chef de mission, il a travaillé plusieurs années en Afrique subsaharienne (Soudan, Erythrée, Ethiopie, Liberia, Sierra Leone, Guinée, etc), au Kosovo, au Sri Lanka et plus récemment en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs articles et ouvrages collectifs sur l'action humanitaire dont "A l'ombre des guerres justes. L'ordre international cannibale et l'action humanitaire" (Paris, Flammarion, 2003), "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins sans Frontières" (Paris, La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (Paris, Editions du CNRS, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/fabrice-weissman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p><em>Cet article a été publié originellement en anglais dans <a href="https://www.manchesteropenhive.com/view/journals/jha/1/2/article-p38.xml" target="_blank">The Journal of Humanitarian Affairs</a> - mai 2019.</em></p> <p>Chaque année, des dizaines de travailleurs humanitaires nationaux et internationaux sont victimes d’enlèvements. A l’instar des gouvernements ou des entreprises privées, la plupart des organisations humanitaires gèrent ces événements dans le plus grand secret. Si par exemple MSF a confirmé publiquement l’enlèvement puis la libération de ses membres kidnappés en 2011 au Kenya et en 2014 en Syrie <span class="annotation">RTBF, « <a href="https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_les-employes-de-msf-enleves-en-syrie-dont-un-belge-ont-ete-liberes?id=8269986" target="_blank">Les employés de MSF enlevés en Syrie, dont un Belge, ont été libérés</a> », jeudi 15 mai 2014; MSF, « <a href="https://www.msf.ie/article/somalia-kidnapped-msf-staff-released-after-644-days" target="_blank">Somalia: Kidnapped MSF staff released after 644 days</a> », 18 juillet 2013</span>, l’association n’a pas mené de campagne d’opinion pour faciliter leur libération. Elle n’a fourni aucune explication officielle sur les circonstances et les auteurs du kidnapping, ni sur, les conditions de détention et les contreparties exigées par les ravisseurs.</p> <p>Refusant de répondre aux questions des journalistes sur les affaires passées ou en cours, les organisations humanitaires tendent également à maintenir leur propre personnel dans l’ignorance <span class="annotation">La communication interne régulière de MSF France sur l’activité de la cellule de crise chargée de libérer les quatre membres de l’association toujours détenus en République Démocratique du Congo où ils ont été enlevés en juillet 2013 constitue à cet égard une exception notable.</span>. &nbsp;A défaut de connaître personnellement des cadres impliqués dans la gestion des kidnappings, les travailleurs humanitaires doivent s’en tenir à la version publique de leur organisation (« <em>No Comment</em> ») et aux informations plus ou moins crédibles qui finissent par apparaître dans la presse, évoquant parfois les conditions de détention abominables des otages et le versement de contreparties à des réseaux criminels et politiques <span class="annotation">Cf. par exemple Margot Kiser, «<a href="https://neptunep2pgroup.com/how-somali-pirates-and-terrorists-made-bank-off-two-western-hostages/" target="_blank"> How Somali pirates and terrorists made bank off two Western hostages </a>», <em>Vocativ</em>, 08/06/13 10:24 ED; Rukmini Callimachi, « <a href="https://www.nytimes.com/2014/10/26/world/middleeast/horror-before-the-beheadings-what-isis-hostages-endured-in-syria.html?rref=world/middleeast&amp;module=Ribbon&amp;version=context&amp;region=Header&amp;action=click&amp;contentCollection=Middle+East&amp;pgtype=Multimedia&amp;_r=0" target="_blank">The Horror Before the Beheadings</a> »,&nbsp;<em>The New York Times</em>, 25 octobre 2014; « <a href="https://www.nytimes.com/2014/07/30/world/africa/ransoming-citizens-europe-becomes-al-qaedas-patron.html?_r=2&amp;referrer" target="_blank">Paying Ransoms, Europe Bankrolls Qaeda Terror</a> », 29 July 2014, <em>The New York Times</em></span>. Au final, les informations essentielles concernant les affaires d’enlèvement restent le monopole des réseaux politico-criminels qui les organisent, des cellules de crises qui les gèrent au sein des organisations humanitaires, des compagnies de sécurité privées qui les conseillent et des services de renseignement qui les observent.</p> <p>Or l’ignorance dans laquelle sont tenus le public et les travailleurs humanitaires à propos des enlèvements est loin d’être toujours justifiée. Dans bien des cas, le secret constitue un handicap pour la résolution des affaires en cours comme pour la prévention et la gestion des affaires futures.</p> <h3>Affaires en cours</h3> <h5>LE NECESSAIRE CONTROLE DE L’INFORMATION</h5> <p>Il va sans dire que la gestion des kidnappings en cours nécessite un certain degré de discrétion. Il s’agit notamment d’éviter la diffusion de renseignements qui pourraient être exploités par de faux intermédiaires prétendant être en contact avec les ravisseurs et leurs captifs. Un minimum de confidentialité est également nécessaire pour contrer les manœuvres de gouvernements opposés à toute négociation avec des organisations cataloguées comme « terroristes ». En outre, les campagnes de mobilisation ou de dénonciation publiques, locales ou internationales, n’ont pas nécessairement un impact positif sur l’issue d’un enlèvement. Publiciser une prise d’otage, c’est chercher à la transformer en enjeu politique et prendre le risque de faire monter les enchères.</p> <p>Inversement, en donnant plus de valeur marchande et politique aux captifs, les campagnes d’opinion sont parfois un moyen de protéger la vie des otages et de faire pression sur les pouvoirs susceptibles de faciliter leur libération. Des journalistes britanniques ont fait remarquer que l’absence d’information et de mobilisation publique en faveur des deux travailleurs humanitaires David Haines et Allan Henning enlevés en Syrie par l’Etat islamique en 2014 n’a pas empêché leur exécution. Au contraire, le silence de leur organisation et des médias a pu accréditer la thèse du mouvement djihadiste selon laquelle ils étaient des espions – tout en permettant au gouvernement britannique de poursuivre sa ligne intransigeante de non négociation sans être questionné <span class="annotation">Cf. “<a href="https://www.thedailybeast.com/the-media-blackout-on-hostages-helps-isis" target="_blank">The Media Blackout on Hostages Helps ISIS</a>”, <em>The Daily Beast</em>, 2014/09/02. Pour une critique plus générale du black-out sur les enlèvements, cf. Joel Simon, « <a href="https://archives.cjr.org/the_kicker/james_foley_steven_sotloff_media_blackout.php" target="_blank">Is it time to end media blackouts?</a>”, <em>Columbia Journalism Review</em>, Desk and Blogs, Posted on Wednesday Sep 3rd 2014</span>.</p> <p>Autrement dit, si le contrôle de l’information donnée au public et aux collègues est l’une des dimensions essentielles de la gestion des affaires de kidnapping, ce contrôle n’est pas toujours synonyme de black-out médiatique total.</p> <h5>LE DOGME DU « PAY, DON’T SAY »</h5> <p>La prédilection des organisations humanitaires pour la gestion silencieuse des affaires de kidnapping n’est pas sans lien avec le rôle grandissant des compagnies de sécurité privées dans le conseil et surtout la formation des responsables humanitaires en ce domaine <span class="annotation">Cf. Michaël Neuman &amp; Fabrice Weissman, “<a href="https://www.msf-crash.org/en/publications/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des-risques-0" target="_blank">Humanitarian Security in the Age of Risk Management</a>”, in Michael Neuman, Fabrice Weissman (ed.), <em>Saving Lives and Staying Alive, Humanitarian Security in the Age of Risk Management</em>, London, Hurst &amp; Co., 2016, pp. 1-17</span>. On ne compte plus en effet le nombre de jours de formations sur « la gestion de crise de kidnapping » données aux travailleurs humanitaires par d’anciens membres des services de renseignement ou des forces de sécurité reconvertis dans le conseil en sécurité.</p> <p>La politique préconisée de manière quasi-systématique par ces experts tient en une formule « <em>Pay, don’t say</em> ». Pour les compagnies de sécurité privée « <em>le kidnapping se réduit à une simple négociation commerciale</em> » <span class="annotation">Selon l’expression de Jeff Green, consultant pour la compagnie Griffin Underwriting interviewé par Dorothée Moisan in <em>Rançons. Enquête sur le business des otages</em>, Paris, Fayard, 2013, p. 94.&nbsp;</span>&nbsp;exigeant la plus stricte confidentialité. Selon Alain Juillet, ancien Directeur du renseignement de la DGSE et « Senior Advisor » au sein du cabinet Orrick Rambaud Martelet <span class="annotation"><em>Défis</em>, 2014, n°2, Business en milieu hostile. La protection des entreprises à l’international, Ministère de l’intérieur, p. 11</span>&nbsp;: « <em>L’expérience américaine et anglaise montre que le recours à des négociateurs privés simplifie l’opération en réduisant la négociation à l’obtention d’un accord sur le montant de la rançon qui est payé généralement par l’assureur. Lorsque le négociateur est l’Etat, les preneurs d’otage savent qu’ils pourront obtenir bien plus qu’une simple rançon en échange de la libération de l’otage (du matériel, des libérations de personnes, des déclarations, ...) Par ailleurs le retentissement médiatique sur ce type d’intervention [impliquant des Etats] expose d’autant plus les salariés qui deviennent ainsi des cibles privilégiées&nbsp;</em>»<span class="annotation">Dan Johnson, chef des operations de la compagnie de sécurité ASI Global Response spécialisée dans la gestion des enlèvements explique pour sa part : “<em>We believe that kidnap for ransom is entirely a financial negotiation and that we can bring about a resolution financially by coming to an agreed price with the kidnappers</em>”, in Brynna Leslie, “In Harm’s Way”, <em>Canadian Insurance Risk Manager</em>, été 2011</span>&nbsp;. De fait, résument des négociateurs du RAID et du GIGN « <em>les boites [internationales], sur-assurées, prennent l’habitude de la rançon. C’est toute une vision, tout un système. On ne fait pas de vagues, on paie</em> » <span class="annotation">Dorothée Moisan in <em>Rançons. Enquête sur le business des otages</em>, Paris, Fayard, 2013</span>.</p> <p>Conseillées par les mêmes sociétés de sécurité privées, les organisations humanitaires semblent ainsi avoir adopté la politique de « K &amp; R » (« Kidnapping and Ransom ») des grandes compagnies commerciales, reposant sur les principes suivants : règlement des enlèvements par le biais d’une transaction commerciale, police d’assurance pour rembourser la rançon, appel aux experts (généralement proposés par l’assureur), confidentialité totale sur le traitement et l’issue des affaires, négation systématique en public de toute transaction. Conçue pour les entreprises afin qu’elles puissent poursuivre leur « business as usual », cette politique apparaît aujourd’hui comme l’option par défaut de nombreuses organisations humanitaires, quelles que soient les situations.</p> <h5>« FAIRE DES VAGUES »</h5> <p>Or, l’expérience de Médecins Sans Frontières montre que « faire des vagues » est parfois le meilleur moyen d’obtenir la libération de nos collègues sains et saufs, souvent sans contrepartie matérielle. Il n’existe en matière d’enlèvements aucune théorie générale susceptible d’être appliquée à toute situation. Par exemple, si la mise en cause publique de parlementaires russes et daghestanais dans l’enlèvement du chef de mission MSF Suisse Arjan Erkel au Daghestan en 2002 a pu accélérer sa libération<span class="annotation">Cf. Duncan McLean, "<a href="https://www.msf-crash.org/en/publications/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des-risques/3-practices#the-shadow-theatre-of-kidnappings--an-account-of-arjan-erkel's-rescue" target="_blank">The Shadowy Theatre of Kidnappings. An Account of Arjan Erkel’s Rescue</a>”, in Michael Neuman, Fabrice Weissman (ed.), <em>Saving Lives and Staying Alive, Humanitarian Security in the Age of Risk Management</em>, London, Hurst &amp; Co., 2016, pp. 127-143</span>, les milices congolaises qui détiennent vraisemblablement les quatre membres de MSF enlevés en RDC le 11 juillet 2013 semblent se désintéresser de toute contrepartie et être totalement insensibles aux pressions publiques.</p> <p>De plus, l’histoire montre que la mission sociale des organisations humanitaires (notamment médicales), les services qu’elles rendent aux populations et aux combattants blessés, leur accès aux médias et leur audience, leur donnent d’autres moyens de pression et de négociation que ceux dont disposent les compagnies commerciales privées. Sur la quinzaine de kidnappings de longue durée gérés par MSF depuis les années 1990, seule une minorité s’est soldée par une transaction commerciale. Du Caucase à la Colombie, MSF a réussi à obtenir la libération de certains collègues par des pressions politiques<span class="annotation">Enlevé en Tchétchénie en janvier 2001 par un groupe de combattants islamistes, le chef de mission de la section hollandaise a été libéré au bout de 26 jours avec une lettre d’excuse publiée par ses ravisseurs sur le site kavkaz.org. Cherchant des soutiens sur la scène internationale, l’opposition armée avait profité de sa libération pour annoncer sa décision « <em>d’interdire tout enlèvement de travailleurs humanitaires</em> ». En Colombie, un volontaire MSF détenu pendant six mois par la guérilla de l'Armée révolutionnaire guévariste a été libéré sans condition le 30 janvier 2001 grâce à la médiation de pays tiers impliqués dans les négociations entre groupes armés colombiens et gouvernement. MSF, qui avait officialisé dans les médias l’enlèvement de son collaborateur, avait joué un rôle actif pour encourager les médiateurs à intervenir et convaincre la guérilla et ses alliés de l’intérêt à libérer le volontaire sans condition.</span>. D’autres ont réussi à s’échapper<span class="annotation">Par exemple, enlevé en juillet 1997 en Tchétchénie, Christophe André, administrateur pour MSF France, a échappé à ses ravisseurs le 20 octobre de la même année. Guy Deslile a fait le récit de sa détention et de son évasion sous forme d’un roman graphique dans <em>S’enfuir, récit d’un otage</em>, Dargaud, 2016.&nbsp;</span>.</p> <h3>Affaires passées</h3> <h5>L’OMERTA SUR LES AFFAIRES PASSEES</h5> <p>Le maintien systématique du secret une fois les otages libérés est tout aussi discutable. Selon la plupart des experts en sécurité<span class="annotation">Les experts auxquels nous faisons référence et dont nous résumons les arguments sont les spécialistes de la gestion de la sécurité rencontrés à l’occasion de discussion au sein de Médecins Sans Frontières sur la politique de l’association face aux enlèvements.</span>, les organisations humanitaires ne sauraient faire état publiquement des enlèvements dont elles ont été victimes sans encourager d’autres ravisseurs à s’en prendre à elles, notamment lorsque le kidnapping s’est soldé par une transaction commerciale. A défaut d’adopter une politique intransigeante et systématique de non-négociation<span class="annotation">&nbsp; Cette politique est dans le fait impraticable et inefficace. &nbsp;Même les gouvernements qui font profession de ne « jamais négocier avec des terroristes » – comme la Russie, les Etats-Unis ou Israël – sont incapables de l’appliquer systématiquement en raison du coût politique qu’elle implique (le sacrifice des otages) et de ses faibles chances de succès à long terme. Pour une revue bibliographique et une réflexion utilisant les modèles mathématiques de la théorie des jeux pour démontrer les faibles chances de succès d’une politique de non négociation, cf. Navin A. Bapat, &nbsp;« State Bargaining with Transnational Terrorist Groups », <em>International Studies Quarterly</em>, Vol. 50, No. 1 (Mar., 2006), pp. 213-229 et Harvey E. Lapan and Todd Sandler, &nbsp;“To Bargain or Not To Bargain: That Is The Question”, <em>The American Economic Review</em>, Vol. 78, No. 2, (May, 1988), pp. 16-21.</span>, les organisations humanitaires doivent cacher la réalité des transactions ayant conduit à la libération de leurs otages.</p> <p>Ce « pieux mensonge » serait d’autant plus nécessaire que dévoiler les transactions avec des organisations criminelles ou terroristes pourrait exposer les organisations humanitaires au désaveu des opinions publiques voire à des poursuites pénales de la part des Etats. Enfin, il n’y aurait aucun intérêt à faire des kidnappings un enjeu de controverses publiques. Pirates et autres syndicats du crime n’auraient que faire de leur image ou de pressions politiques. Quant aux groupes djihadistes tels al-Qaida, ils assumeraient ouvertement se financer par l’enlèvement contre rançon. Telles sont les raisons régulièrement invoquées dans les cercles humanitaires et sécuritaires, pour justifier de garder secrètes les affaires passées.</p> <p>Ces arguments ne sont pas entièrement dénués de fondement. Il serait de toute évidence imprudent de faire la publicité systématique des montants versés pour obtenir la libération d’un otage ou de dévoiler le rôle joué par tel ou tel intermédiaire ayant eu une influence déterminante sur les kidnappeurs par exemple. Reste qu’il suffit à un réseau criminel de savoir qu’une organisation est riche et qu’elle tient à la vie de ses employés pour qu’il la considère comme une cible potentielle. Par ailleurs, les Etats font preuve d’une certaine tolérance à l’égard du viol de leur propre législation criminalisant par exemple le versement de rançon. A l’issue de l’émoi créé par son intransigeance face au sort du journaliste James Foley, exécuté en Syrie par l’Etat islamique le 18 août 2014, l’administration américaine a revu sa politique et expliqué qu’elle ne poursuivrait pas une famille cherchant par tous les moyens à sauver la vie d’un de ses membres aux mains d’une organisation terroriste comme l’Etat islamique<span class="annotation"><a href="https://foreignpolicy.com/2015/06/22/hostage-review-will-make-it-easier-for-families-to-pay-ransoms/" target="_blank">Hostage Review Will Make It Easier for Families to Pay Ransoms</a></span>. Par conséquent, s’il est légitime de s’exprimer prudemment sur les affaires passées, rien ne justifie de garder le secret le plus total – d’autant plus que ce secret fait obstacle à l’amélioration des politiques de prévention et de gestion du risque de kidnapping.</p> <h5>PLAIDOYER POUR UN MINIMUM DE TRANSPARENCE (ET NON UNE TRANSPARENCE TOTALE)</h5> <p>Directrice de l’association de soutien aux victimes de prises d’otage <a href="https://www.hostageinternational.org/hostage-uk/" target="_blank"><em>Hostage UK</em></a> et chercheuse en sécurité, Rachel Briggs considère que la lutte contre les réseaux pratiquant le kidnapping doit se fixer trois objectifs prioritaires : réduire les opportunités de kidnapping (en limitant notamment la présence de victimes potentielles dans les zones à risque) ; partager les informations et l’expertise accumulées par les personnes et les organisations confrontées au problème ; et augmenter le « coût » des sanctions sociales, politiques et pénales encourues par les ravisseurs<span class="annotation">Rachel Briggs, <em>The Kidnapping Business</em>, The Foreign Policy Center, London, 2001. “<em>Rather than simply looking at the issue of ransoms, we should have a constructive debate around the key objectives: taking precautions to reduce the opportunity for kidnapping; ensuring that information and expertise about good practice is accumulated; and increasing the risks for kidnappers</em>”, Rachel Briggs, p. 31. Ces recommandations partent du constat que les politiques &nbsp;cherchant à &nbsp;lutter contre le kidnapping en interdisant le versement de rançon se sont toutes soldées par des échecs. “<em>Experience elsewhere has shown that it is practically impossible to stop anyone paying a ransom, even where laws are introduced (…). Because money is fairly easy to transfer, even if one’s assets are frozen, such laws are often almost impossible to police. Instead of stopping the payment of ransoms, they can deter people from reporting the crime, or change the way that the transaction is carried out.</em>” p. 23.</span>.</p> <p>Ces orientations sont à notre sens parfaitement valables pour les organismes d’aide. Or toutes supposent un minimum de transparence interne et publique sur l’enlèvement de travailleurs humanitaires – et donc de briser la loi du silence sur les affaires passées.</p> <p>Il est impossible d’augmenter le coût politique des enlèvements d’humanitaires sans commencer par reconnaître publiquement leur existence. En pratique, le secret contribue à masquer les responsabilités politiques locales et internationales, contribuant ainsi à la reproduction d’un système qui détourne les ressources de l’aide au profit d’organisations criminelles, de leurs sponsors politiques, de compagnies de sécurité et d’assurance. S’il existe une arme de dissuasion, si fragile soit-elle, vis-à-vis des kidnappeurs, c’est précisément la publicité de leurs crimes et de leurs conséquences. Contrairement à ce qui est généralement affirmé, peu d’organisations politico-militaires – à commencer par les mouvements djihadistes qui se présentent en défenseurs de la morale – assument ouvertement de prospérer grâce au trafic d’êtres humains et de priver une population d’aide humanitaire dans le seul but de revendre quelques travailleurs humanitaires sur le marché aux otages. L’embarras de l’Etat islamique vis à vis de l’enlèvement des équipes MSF (attesté par ses efforts de justification auprès de la population locale et le fait qu’il n’a pas osé pas en faire état dans ses films de propagande) montre bien que les humanitaires ne sont pas totalement dépourvus de moyens de pressions y compris face à des groupes aussi radicaux et déterminés que l’EI.</p> <p>De même, il n’existe pas d’enlèvements « purement criminels » dont les auteurs seraient nécessairement hermétiques à toute pression sociale et politique. Pour agir, les réseaux criminels ont besoin de soutiens au sein de la société et parmi les autorités<span class="annotation">Plus généralement, comme le souligne l’historienne Kathleen J. Frydl en s’appuyant sur l’exemple des Etats-Unis dans les années 1930, il existe un lien étroit entre construction/contestation de l’Etat et pratiques du kidnapping: &nbsp;“<em>Kidnapping is an archetypal challenge to state authority: it is a crime against a person that, if unchecked, makes it clear that “people” (and not the state) rule. The ascent of the snatch racket marks a moment when opportunities for criminals outstripped both the capacity and perception of state power, and its diminution signals a significant reordering of that perspective and structure of state power</em>.” Kathleen J. Frydl, “Kidnapping and State Development in the United States”, <em>Studies in American Political Development</em>, 20 (Spring 2006), pp. 18-44.</span>. Leurs agissements peuvent devenir l’objet d’une contestation sociale et politique augmentant le coût de leurs méfaits. Comme le démontre le sociologue Mark Turner, "<em>politics is potentially a part of any kidnapping, whatever the motivation of the kidnappers and even if they desire to keep politics out</em>”<span class="annotation">Mark Turner, « Kidnapping and Politics », <em>International Journal of the Sociology of Law</em>, 1998, 26, pp. 145-160.</span>.</p> <p>Ainsi, évoquer publiquement les enlèvements dont elle a été victime ne désignerait pas automatiquement une organisation humanitaire comme une cible privilégiée mais potentiellement comme une cible « épineuse », à problèmes. Sans compter que briser la loi du silence des organisations humanitaires permettrait de mieux expliquer les choix opérationnels qui en découlent. Dans le cas de MSF, par exemple, évoquer les circonstances de l’enlèvement de ses volontaires par l’Etat islamique en 2014 aurait permis d’expliquer pourquoi l’organisation a refusé de travailler dans les territoires sous le contrôle du groupe – refus, interprété en l’absence d’explication, comme le signe de l’alignement politique de MSF sur les coalitions ayant déclaré la guerre à l’EI.</p> <p>Par ailleurs, les organisations humanitaires ne peuvent espérer tirer les leçons de leurs expériences et contrebalancer l’influence des compagnies de sécurité privées tout en continuant à pratiquer une politique du secret sur les affaires passées. Si elles veulent développer leur propre expertise et leur propre politique – au lieu d’importer les politiques « K &amp; R » des grandes compagnies commerciales guidées par la loi du profit – les organisations humanitaires doivent être capables de revenir sur leur expérience, d’en discuter, d’en extraire des connaissances pratiques et politiques. Or un tel effort est impossible sans un minimum de transparence interne <em>et </em>externe. En effet, tant que les organisations humanitaires se donneront pour objectif d’effacer toute trace des enlèvements dans le débat public, elles s’efforceront d’effacer toute trace des enlèvements dans leurs débats internes, par crainte des « fuites ».</p> <p>Enfin, cet effort de transparence est également indispensable pour informer les volontaires des dangers qu’ils encourent et limiter l’exposition dans les zones à haut risque. Censée protéger les organisations humanitaires de futurs kidnappeurs ainsi que des risques légaux et d’image, la loi du silence les expose précisément à ce dernier aléa : être condamnées par la justice et l’opinion pour n’avoir pas suffisamment informé leur personnel des dangers auxquels ils s’exposent, ni avoir pris toutes les mesures nécessaires pour limiter les risques – à commencer par documenter et tirer les leçons de leurs expériences. En entretenant le silence sur les affaires en cours ou passées, les organisations humanitaires rompent également le contrat de confiance avec leurs volontaires – voire, dans le cas de MSF, violent leur propre charte, selon laquelle ses volontaires sont censés « <em>mesurer les risques et périls des missions qu’ils accomplissent</em> ».</p> <p>Nous ne suggérons pas de remplacer la loi du secret absolu par celle de la transparence totale. Notre proposition est d’abandonner la politique, aussi dangereuse que facile à appliquer, prônant une stricte confidentialité en toutes circonstances, au profit d’une politique plus difficile à mettre en œuvre : apprécier pour chaque situation et pour chaque audience, le degré de publicité à accorder aux affaires en cours et aux affaires passées, en ayant en tête l’intérêt des personnes détenues et de celles qui s’exposent au risque de l’être.</p> </div> <div class="citation-container"> <div class="field--name-field-citation"> <p> <span>Pour citer ce contenu :</span> <br> Fabrice Weissman, Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires, 22 novembre 2019, URL : <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/acteurs-et-pratiques-humanitaires/pour-en-finir-avec-la-loi-du-silence-sur-les">https://www.msf-crash.org/index.php/fr/publications/acteurs-et-pratiques-humanitaires/pour-en-finir-avec-la-loi-du-silence-sur-les</a> </p> </div> </div> <div class="height-computed field field--name-field-related-content field--type-entity-reference field--label-above"> <div class="field__label">Publications associées</div> <div class="field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3746" role="article" about="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/les-faux-semblants-de-linsecurite-des-humanitaires" class="node node--type-blog-post node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/MSB13461-donka-ebola-treatment.JPG?h=32b09715&amp;itok=YdsNsLo4" width="450" height="300" alt="The logistical teams proceed to the reorganisation of the Donka Ebola treatment center site" title="Is aid work really more dangerous than ever? 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La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques", co-dirigé par Michaël Neuman et Fabrice Weissman, sort le 31 mars chez CNRS Editions.</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-la-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des" rel="tag" title="Secourir sans Périr. La sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Secourir sans Périr. 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L'histoire de l'assistance humanitaire montre que dès la fin du 19ème siècle, l'aide médicale a toujours été « dans la ligne de mire ».</p> </div> <div class="node__links"> <ul class="links inline"><li class="node-readmore"><a href="/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/aide-medicale-vraiment-dans-la-ligne-de-mire" rel="tag" title="Aide médicale : vraiment dans la ligne de mire?" hreflang="fr">Lire la suite <span class="visually-hidden">sur Aide médicale : vraiment dans la ligne de mire?</span></a></li></ul> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> <div class="contribution-container"> <div class="field--name-field-contribution"> <p> <span>Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article,</span> vous pouvez nous retrouver sur Twitter ou directement sur notre site. </p> <a href="/index.php/fr/contribuer?to=7681" class="button">Contribuer</a> </div> </div> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=7681&amp;2=reading_list" token="nMz47nso9E7rJEtMgZygu9Q9vK-X9g4ftSMliW-XjCA"></drupal-render-placeholder><span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires</span> Fri, 22 Nov 2019 15:18:12 +0000 elba.msf 7681 at https://www.msf-crash.org Du Biafra à la Somalie: l'action humanitaire en question https://www.msf-crash.org/index.php/fr/le-crash-dans-les-medias/du-biafra-la-somalie-laction-humanitaire-en-question <div class="field field--name-field-source-media field--type-string field--label-hidden field__item">France Culture</div> <span class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/2" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Agnes</span></span> <span class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">mar, 04/18/2017 - 02:00</span> <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-hidden field__item"><time datetime="2017-04-18T12:00:00Z" class="datetime">18/04/2017</time> </div> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/biafra" hreflang="fr">Biafra</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/effets-pervers-et-limites-de-laide" hreflang="fr">effets pervers et limites de l&#039;aide</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Michaël Neuman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3257" role="article" about="/fr/michael-neuman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4167%20copie_0.jpg?itok=uJXHTXNJ" width="180" height="230" alt="Michaël Neuman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Michaël</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Neuman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Directeur d'études au Crash depuis 2010, Michaël Neuman est diplômé d'Histoire contemporaine et de Relations Internationales (Université Paris-I). Il s'est engagé auprès de Médecins sans Frontières en 1999 et a alterné missions sur le terrain (Balkans, Soudan, Caucase, Afrique de l'Ouest notamment) et postes au siège (à New York ainsi qu'à Paris en tant qu'adjoint responsable de programmes). Il a également participé à des projets d'analyses politiques sur les questions d'immigration. Il a été membre des conseils d'administration des sections française et étatsunienne de 2008 à 2010. Il a codirigé "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de MSF" (La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (CNRS Editions, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/michael-neuman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p>Michaël Neuman est l'invité de Cultures Monde, sur France Culture, aux côté de Lucile Grosjean, chargée de plaidoyer chez Action contre la Faim, et Philippe Ryfman, professeur et chercheur associé.</p> <p><strong><a href="https://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/la-faim-du-monde-24-du-biafra-la-somalie-laction-humanitaire-en-question" target="_blank">Ecouter l'émission</a></strong></p> <p>"<em>Face aux problématiques d'accès et de détournement de l'aide humanitaire par les organisations armées sur place, les acteurs humanitaires peuvent-ils ou doivent-ils aider toutes les zones en détresse? Quelles sont ses limites et dans quelle mesure l'aide humanitaire peut-être une fausse solution? (...)</em>"</p> </div> <span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Du Biafra à la Somalie: l&#039;action humanitaire en question</span> Tue, 18 Apr 2017 00:00:00 +0000 Agnes 4148 at https://www.msf-crash.org Bombardements d’hôpitaux : construire la preuve par l’image https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/bombardements-dhopitaux-construire-la-preuve-par-limage <div class="field field--name-field-publish-date field--type-datetime field--label-inline clearfix"> <div class="field__label">Date de publication</div> <div class="field__item"><time datetime="2017-02-15T12:00:00Z" class="datetime">15/02/2017</time> </div> </div> <span class="field field--name-uid field--type-entity-reference field--label-hidden"><span lang="" about="/index.php/fr/user/2" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Agnes</span></span> <span class="field field--name-created field--type-created field--label-hidden">mer, 02/15/2017 - 02:00</span> <div class="field field--name-field-tags field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/gestion-des-risques" hreflang="fr">gestion des risques</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/securite-du-personnel-humanitaire" hreflang="fr">sécurité du personnel humanitaire</a></div> <div class="field__item"><a href="/index.php/fr/tags/kunduz" hreflang="fr">Kunduz</a></div> </div> <details class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper"> <summary role="button" aria-expanded="false" aria-pressed="false">Pierre Mendiharat</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="4202" role="article" about="/fr/pierre-mendiharat" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Pierre</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Mendiharat</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Directeur adjoint des Opérations, MSF France</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/pierre-mendiharat" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p><em>Entretien avec Pierre Mendiharat, directeur adjoint des opérations, MSF<br /> Propos recueillis par Agnes Varraine-Leca</em></p> <p>Depuis 2015, près de cent structures médicales MSF ou soutenues par MSF ont été bombardées, l’extrême majorité d’entre elles en Syrie, mais aussi au Yémen, en Afghanistan, en Ukraine et au Soudan. Pour MSF, établir les faits et les responsabilités derrière chacun de ces bombardements est vital afin de continuer à apporter des secours et réclamer justice et réparation. Mais comment prendre à partie les perpétrateurs quand ceux-ci nient, contestent ou minimisent leur responsabilité, qualifiant leurs attaques de simple erreur ?</p> <p>MSF a récemment confié à l’agence de recherche <a href="http://www.forensic-architecture.org/" target="_blank">Forensic Architecture</a>, qui enquête sur les violences étatiques, la tâche de comprendre ce qu’il s’est passé lors du <a href="http://www.msf.fr/presse/communiques/au-moins-sept-morts-et-huit-personnes-portees-disparues-bombardement-hopital-sout" target="_blank">bombardement de l’hôpital de Maarat Al Numan</a>, en Syrie il y a un an. Leur méthode : collecter et analyser les images prises lors d’un acte criminel, commis par un État, pour contribuer à établir faits et responsabilités. À l’intersection de la cartographie et de l’analyse d’images, de l’expertise judiciaire et de l’architecture, Forensic Architecture éclaire les notions de crimes et de preuves.</p> <p><strong>L’image ne semble pas pouvoir être une preuve en soi : elle peut être manipulée, utilisée de diverses façons pour soutenir une certaine version de la réalité. On peut également questionner son origine, l’impartialité de celui qui la fournit. L’image est un terrain de lutte, elle doit être replacée dans son contexte pour être comprise, elle est d’ailleurs souvent contestée. Qu’est ce qui a convaincu MSF de choisir la démarche de Forensic Architecture ?</strong></p> <p>Pierre Mendiharat (PM) : La dénonciation du bombardement de Maarat Al Numan par le président de la section française de MSF, le Dr Mego Terzian, qui <a href="http://www.lemonde.fr/international/article/2016/02/15/syrie-des-roquettes-tirees-par-la-coalition-menee-par-le-gouvernement-de-damas_4865867_3210.html#sKZg5sGcVI6sQgJG.99" target="_blank">accuse publiquement</a> la Russie et la Syrie, déclenche une vive polémique au sein du mouvement MSF : sur quelles preuves la section française se base pour accuser la Russie et la Syrie ? Quelle valeur ont les témoignages sur lesquelles l’organisation s’appuie ? La rapidité de notre réaction suscite des critiques. Cela nous amène à nous poser plusieurs questions : que doit faire MSF lorsqu’elle est victime d’une agression et que l’on ne dispose pas de preuve matérielle pour incriminer l’auteur des faits ? Quels sont nos leviers pour réagir ?</p> <p>L’ouverture d’une enquête interne à MSF permet de collecter les informations dont nous disposons et d’établir notre propre version des faits, de nous faire une opinion, voire de renforcer une conviction. Ensuite, au-delà d’un recours devant les tribunaux des pays impliqués, MSF peut demander l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale, comme dans le cas du bombardement de l’hôpital de Kunduz, en Afghanistan, par l’armée américaine. Cela nécessite l’activation de la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits (IHFFC), seul organe permanent mis en place pour enquêter de façon indépendante sur les violations du droit international humanitaire. Mais l’IHFFC ne peut agir qu’avec l’accord des Etats concernés, ce qui n’a pas été le cas pour Kunduz. L’armée américaine a mené une <a href="http://www.msf.fr/presse/communiques/premieres-declarations-msf-apres-publication-rapport-enquete-armee-americaine-sur" target="_blank">enquête interne</a> sur l’attaque de l’hôpital, publiée partiellement. Mais étant donné les circonstances, cela ne pouvait être considéré comme suffisant.</p> <p>La dénonciation publique des auteurs reste un recours efficace pour MSF. Pour appuyer ces dénonciations, nous explorons actuellement une nouvelle démarche avec Forensic Architecture, c’est à dire la reconstitution d’un événement en collectant et en analysant des images qui ont été prises à ce moment-là — des photographies et des vidéos qui proviennent des réseaux sociaux, ou encore des images satellites.</p> <p>La guerre en Syrie est caractérisée par le bombardement systématique des établissements médicaux par les forces syriennes et russes, et par leur déni. Dans le cas de Maarat Al Numan, ceux-ci ont rejeté toute accusation et ont nié toute implication dans le bombardement, sans même prendre la peine d’argumenter davantage. Les plans de vols du 15 février 2016<span class="annotation">L’hôpital de Maarat Al Numan a été bombardé le 15 février 2016</span>&nbsp;des différents États-majors impliqués dans les opérations aériennes au Nord de la Syrie n’ont d’ailleurs jamais été divulgués.</p> <p>Avec un accès restreint au terrain pour les journalistes, particulièrement en Syrie, il est difficile d’établir des preuves concrètes ou de mener des enquêtes de terrain. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler avec Forensic Architecture.</p> <p>Ce travail a plusieurs buts pour MSF. D’abord, il était important pour nous de voir s’il pouvait apporter une preuve et démontrer la responsabilité d’un ou plusieurs Etats dans le bombardement de Maarat Al Numan. Ensuite, il a un but de documentation afin d’éclairer autant que possible ce dossier. C’est aussi la volonté de diffuser ce travail pour exercer une pression médiatique et lutter contre l’oubli. C’est montrer que ce genre d’acte ne sera pas oublié, qu’il est documenté, et que peut-être un jour, cela servira à enrichir les faits et confronter les responsables.</p> <p><strong>Est-ce que MSF souhaite systématiser cette démarche, notamment quand elle est directement concernée ? Y-a-t-il d’autres projets en cours ?</strong></p> <p>PM : Cette démarche devrait être systématisée. Nous devons faire en sorte de lancer ce travail d’enquête à chaque fois que MSF sera victime d’une agression de cette nature. C’est l’un des outils qui peut nous aider à atteindre notre objectif premier : continuer à apporter des secours en diminuant le risque que les structures dans lesquelles nous travaillons soient ciblées. La seule solution que nous avons aujourd’hui est de faire en sorte que les attaques contre les hôpitaux aient un coût politique, un impact sur l’image publique de ceux qui les commettent. Le travail de Forensic Architecture participe de cette dynamique.</p> <p>Nous souhaiterions donc essayer de revenir sur tous les bombardements dont ont été victimes des hôpitaux MSF ou soutenus par MSF par le passé. Ce travail permettra sûrement de dégager des tendances: la répétition du même type d’événements, présentant des caractéristiques similaires — par exemple, le double tap<span class="annotation">Le double tap est une technique militaire consistant à tirer deux fois sur la même cible, à intervalle de temps rapproché.</span> — pourrait confirmer la nature intentionnelle des attaques, nous permettre de comprendre quelles stratégies militaires sont à l’œuvre et de les dénoncer. A ce titre, le travail de Forensic Architecture sur les <a href="http://www.forensic-architecture.org/case/drone-strikes/" target="_blank">attaques de drones</a> menées par les États-Unis est éclairant.</p> <p><strong>Le 15 février 2016, l’hôpital de Maarat Al Numan soutenu par MSF a été bombardé, faisant 25 morts, dont un employé de MSF, et 11 blessés. A la suite de cette attaque, le Dr Mego Terzian, président la section française de MSF, a accusé publiquement la Russie et la Syrie. Que nous apprend le travail de Forensic Architecture sur le bombardement de l’hôpital et sur l’implication de la Russie et de la Syrie dans ces bombardements ?</strong></p> <p><iframe frameborder="0" src="https://www.dailymotion.com/embed/video/x5bwbux"></iframe></p> <p>PM : L’enquête de Forensic n’a finalement pas apporté de preuve matérielle définitive mettant en cause la Russie et la Syrie. Par contre, elle apporte des éléments qui nous confortent dans notre analyse initiale : par exemple, l’observation du décollage d’avions russes et syriens depuis leurs bases respectives est compatible avec l’heure et la localisation des frappes. L’analyse de la silhouette d’un avion filmé montre une ressemblance avec les MiG-23, utilisés en Syrie exclusivement par le régime syrien.</p> <p>Cette enquête montre aussi très clairement une stratégie délibérée dite du double ou triple tap, c’est-à-dire la répétition de bombardements à un même endroit, à intervalle rapproché. Il y a donc un premier bombardement, puis un second lorsque les secours arrivent ; un autre hôpital où sont transportés les blessés est également ciblé. Cela illustre bien le caractère intentionnel et la férocité de cette stratégie à l’égard des civils et des organisations de secours sur place. Interviewé par Russia Today, Eyal Weizman, le fondateur de Forensic Architecture, rappelait l’importance pour les belligérants de mettre la pression à la fois sur les groupes armés ennemis et sur les populations civiles, en utilisant ce type de stratégies, notamment pour casser leur capacité de résistance.</p> <p><iframe frameborder="0" src="https://www.youtube.com/embed/hb7nl2gbzaA?autohide=1&amp;controls=1&amp;showinfo=0"></iframe></p> <p>Si cette reconstitution n’apporte pas de preuves formelles, elle ajoute de nouveaux éléments à l’appui de notre conviction première : la responsabilité des forces syriennes et russes dans le bombardement de l’hôpital de Maarat Al Numan.</p> <p>&nbsp;</p> </div> <div class="height-computed field field--name-field-related-content field--type-entity-reference field--label-above"> <div class="field__label">Publications associées</div> <div class="field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3525" role="article" about="/fr/rencontres-debats/eyal-weizman-presentation-de-forensic-architecture" class="node node--type-debate node--view-mode-teaser"> <div class="node__content"> <div class="group-teaser-image"> <div class="field field--name-field-teaser-media field--type-entity-reference field--label-hidden field__item"><article class="media media--type-image media--view-mode-teaser"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/teaser/public/2017-05/eyal-weizman--forensic-architecture.jpg?h=31387916&amp;itok=EQhzzQeu" width="450" height="300" alt="Michaël Neuman durant une conférence du Crash" title="forensic archtecture at work" typeof="foaf:Image" class="image-style-teaser" /> </div> </article> </div> <a href="/fr/rencontres-debats/eyal-weizman-presentation-de-forensic-architecture" class="main-link"></a> </div> <div class="group-content"> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3525&amp;2=reading_list" token="CzJqjd3fjz80iIv9zBqH0QP8z0sCoLUMZBZItY_uGwU"></drupal-render-placeholder><div class="bundle-container"><div class="field--name-field-bundle">Débat</div></div><span class="field field--name-title field--type-string field--label-hidden"><h3><a href="/fr/rencontres-debats/eyal-weizman-presentation-de-forensic-architecture" hreflang="fr">Eyal Weizman - Présentation de &quot;Forensic Architecture&quot; 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Fabrice Weissman</summary><div class="details-wrapper"> <div class="field--type-entity-person js-form-wrapper form-wrapper field field--name-field-authors field--type-entity-reference field--label-hidden field__items"> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3257" role="article" about="/fr/michael-neuman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4167%20copie_0.jpg?itok=uJXHTXNJ" width="180" height="230" alt="Michaël Neuman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Michaël</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Neuman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Directeur d'études au Crash depuis 2010, Michaël Neuman est diplômé d'Histoire contemporaine et de Relations Internationales (Université Paris-I). Il s'est engagé auprès de Médecins sans Frontières en 1999 et a alterné missions sur le terrain (Balkans, Soudan, Caucase, Afrique de l'Ouest notamment) et postes au siège (à New York ainsi qu'à Paris en tant qu'adjoint responsable de programmes). Il a également participé à des projets d'analyses politiques sur les questions d'immigration. Il a été membre des conseils d'administration des sections française et étatsunienne de 2008 à 2010. Il a codirigé "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de MSF" (La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (CNRS Editions, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/michael-neuman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> <div class="field__item"> <article data-history-node-id="3235" role="article" about="/fr/fabrice-weissman" class="node node--type-person node--view-mode-embed"> <div class="node__content"> <div class="group-person-profil"> <div class="group-person-image-profil"> <div class="field field--name-field-image field--type-image field--label-hidden field__item"> <img src="/sites/default/files/styles/profile_image/public/2017-04/DSCF4204.jpg?itok=sX0PzbdD" width="180" height="230" alt="Fabrice Weissman" typeof="foaf:Image" class="image-style-profile-image" /> </div> </div> <div class="group-person-content"> <div class="group-person-firstname-lastname"> <div class="field field--name-field-firstname field--type-string field--label-hidden field__item">Fabrice</div> <div class="field field--name-field-lastname field--type-string field--label-hidden field__item">Weissman</div> </div> <div class="clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item"><p>Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Fabrice Weissman a rejoint Médecins sans Frontières en 1995. Logisticien puis chef de mission, il a travaillé plusieurs années en Afrique subsaharienne (Soudan, Erythrée, Ethiopie, Liberia, Sierra Leone, Guinée, etc), au Kosovo, au Sri Lanka et plus récemment en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs articles et ouvrages collectifs sur l'action humanitaire dont "A l'ombre des guerres justes. L'ordre international cannibale et l'action humanitaire" (Paris, Flammarion, 2003), "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins sans Frontières" (Paris, La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (Paris, Editions du CNRS, 2016).</p> </div> <div class="same-author-link"><a href="/fr/fabrice-weissman" class="button">Du même auteur</a> </div> </div> </div> </article> </div> </div> </div> </details> <div class="clearfix text-formatted field field--name-field-body field--type-text-long field--label-hidden field__item"><p><iframe frameborder="0" src="https://www.dailymotion.com/embed/video/x51h83w"></iframe></p> <p>Fabrice Weissman, directeur d'études à MSF-Crash, a présenté le livre "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques", co-dirigé avec Michaël Neuman (CNRS, 2016), lors de la dernière Assemblée Générale de Médecins Sans Frontières.</p> <p>&nbsp;</p> </div> <section class="field field--name-comment field--type-comment field--label-above comment-wrapper"> <h2 class="title comment-form__title">Ajouter un commentaire</h2> <drupal-render-placeholder callback="comment.lazy_builders:renderForm" arguments="0=node&amp;1=3763&amp;2=comment&amp;3=comment" token="gIUMjxLX18h7fgcZDLuGh-ADDehelFEP2hlUHIza5UQ"></drupal-render-placeholder> </section> <drupal-render-placeholder callback="flag.link_builder:build" arguments="0=node&amp;1=3763&amp;2=reading_list" token="JfwsKqDp38cXmk1HD3Pii0Sdsh4j1s4vy6v47sg_afE"></drupal-render-placeholder><div class="citation-container"> <div class="field--name-field-citation"> <p> <span>Pour citer ce contenu :</span> <br> Michaël Neuman, Fabrice Weissman, Secourir sans périr: quelle sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques ?, 10 novembre 2016, URL : <a href="https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-quelle-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des">https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/guerre-et-humanitaire/secourir-sans-perir-quelle-securite-humanitaire-lere-de-la-gestion-des</a> </p> </div> </div> <div class="contribution-container"> <div class="field--name-field-contribution"> <p> <span>Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article,</span> vous pouvez nous retrouver sur Twitter ou directement sur notre site. </p> <a href="/index.php/fr/contribuer?to=3763" class="button">Contribuer</a> </div> </div> <span class="field field--name-title field--type-string field--label-above">Secourir sans périr: quelle sécurité humanitaire à l’ère de la gestion des risques ?</span> Thu, 10 Nov 2016 01:00:00 +0000 babayaga 3763 at https://www.msf-crash.org