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République centrafricaine : où est passée la "R2P"?

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Rony Brauman
Rony
Brauman

Médecin, diplômé de médecine tropicale et épidémiologie. Engagé dans l'action humanitaire depuis 1977, il a effectué de nombreuses missions, principalement dans le contexte de déplacements de populations et de conflits armés. Président de Médecins Sans Frontières de 1982 à 1994, il enseigne au Humanitarian and Conflict Response Institute (HCRI) et il est chroniqueur à Alternatives Economiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles, dont "Guerre humanitaires ? Mensonges et Intox" (Textuel, 2018),"La Médecine Humanitaire" (PUF, 2010), "Penser dans l'urgence" (Editions du Seuil, 2006) et "Utopies Sanitaires" (Editions Le Pommier, 2000).

La résolution 2127 adoptée le 5 décembre dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies « autorise les forces françaises en République centrafricaine à prendre toutes mesures nécessaires, temporairement et dans la limite de leurs capacités et dans les zones où elles sont déployées, pour appuyer la MISCA » « Mission internationale de soutien à la Centrafrique », placée sous conduite africaine, en cours de déploiement en décembre 2013.. Dans le langage onusien, « toutes mesures nécessaires » signifie usage de la force au service de l'objectif de la mission, et non de la simple auto-défense, ce que réaffirme l'invocation du chapitre VII de la charte, sous laquelle est placée cette intervention.

Ce ne sont ni les objectifs ni les risques de cette opération que l'on discutera ici, mais l'étrange absence de la notion de « responsabilité de protéger » dans la résolution 2127. Connu dans le milieu sous le nom R2P, ce document adopté lors du sommet mondial de l'Onu en 2005, prévoit que, sur mandat du Conseil de sécurité, face à la menace de crimes de masse, les Etats-membres peuvent intervenir militairement afin de protéger les civils menacés. La décision, prise unanimement alors que les Nations unies célébraient leur soixantième anniversaire, avait été saluée par la presse comme une avancée morale de première importance. En écho à ce succès, une coalition des ONG soutenant la R2P avait été mise en place.

A ce jour, seules les interventions de 2011 en Libye et en Côte d'Ivoire, dans lesquelles la France avait joué un rôle de premier plan, ont été placées sous cette bannière, l'une et l'autre se terminant par l'éviction du chef d'Etat en place, respectivement Mouammar Khadafi et Laurent Gbagbo. La mise en œuvre de la R2P en faisait ainsi l'instrument du renversement de régimes légalisé par l'ONU, provoquant après coup les critiques de Moscou et Pékin. Est-ce pour cette raison qu'aucune mention n'en est faite dans la résolution 2127 qui vise pourtant, entre autres objectifs, à la protection des populations civiles ? Il est trop tôt pour répondre à cette question mais cette absence conforte l'analyse de ceux qui, tels David Rieff, estimaient que la Libye, lieu de l'entrée en scène de la R2P, en serait aussi le tombeau.

Quoi qu'il en soit, les modalités de décision d'intervention en RCA montrent que les statuts et la jurisprudence de l'Onu, autrement dit le chapitre VII de la charte et ses interprétations par le Conseil de sécurité, suffisent à déclencher une intervention internationale de protection des civils. C'est d'ailleurs bien sur ces bases que furent engagées les opérations Provide Comfort (Kurdistan d'Irak, 1991) et Restore Hope (Somalie, 1992).

Pour citer ce contenu :
Rony Brauman, République centrafricaine : où est passée la "R2P"?, 19 décembre 2013, URL : https://www.msf-crash.org/index.php/fr/blog/droits-et-justice/republique-centrafricaine-ou-est-passee-la-r2p

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