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L'aide humanitaire nourrit-elle la guerre ? Le rôle de l’aide humanitaire dans la dynamique du conflit au Libéria (1989-1996)

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Fabrice Weissman
Fabrice
Weissman

Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Fabrice Weissman a rejoint Médecins sans Frontières en 1995. Logisticien puis chef de mission, il a travaillé plusieurs années en Afrique subsaharienne (Soudan, Erythrée, Ethiopie, Liberia, Sierra Leone, Guinée, etc), au Kosovo, au Sri Lanka et plus récemment en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs articles et ouvrages collectifs sur l'action humanitaire dont "A l'ombre des guerres justes. L'ordre international cannibale et l'action humanitaire" (Paris, Flammarion, 2003), "Agir à tout prix? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins sans Frontières" (Paris, La Découverte, 2011) et "Secourir sans périr. La sécurité humanitaire à l'ère de la gestion des risques" (Paris, Editions du CNRS, 2016).

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Dans quelle mesure l’aide humanitaire est-elle responsable de la prolongation des conflits ? La question s’est posée avec acuité au Libéria où le CICR décida en septembre 1994 de suspendre ses activités après le plus gros pillage de son histoire, estimant alors que sa contribution à l’économie de guerre l’emportait sur les bénéfices de son intervention à l’égard des non-combattants. Afin d’apprécier plus finement l’impact des opérations d’assistance sur le cours du conflit, cette étude décrit les différentes stratégies déployées par les acteurs du conflit libérien (factions armées, partis politiques, entrepreneurs économiques et intervenants politico-militaires étrangers) à l’égard des acteurs humanitaires.

Elle conclut que l’aide ne peut être tenue pour responsable de la prolongation du conflit : les factions armées ont les moyens de se reproduire économiquement sans faire appel aux ressources de l’aide ; la dynamique du conflit ne se résume pas aux pillages des organisations humanitaires ; enfin l’aide a également servi les stratégies des partis politiques refusant d'entrer dans la spirale de la violence et celles des acteurs officiellement engagés dans la pacification du conflit (Nations unies et des forces d’intervention ouest-africaines de l’ECOMOG).

En revanche, la manipulation de l’aide par les factions militaires a réduit d'autant la quantité de secours parvenant aux bénéficiaires ciblés et a donné lieu à de nombreuses exactions contre les populations civiles. Si l’aide n’est pas responsable de la prolongation du conflit, sa mise en œuvre s’est accompagnée d’un certains nombres d’effets pervers que les acteurs humanitaires n’ont su contenir faute d’opposer un front commun aux mouvements armés.

Pour citer ce contenu :
Fabrice Weissman, L'aide humanitaire nourrit-elle la guerre ? Le rôle de l’aide humanitaire dans la dynamique du conflit au Libéria (1989-1996), 1 mai 1996, URL : https://www.msf-crash.org/fr/publications/guerre-et-humanitaire/laide-humanitaire-nourrit-elle-la-guerre-le-role-de-laide

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