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Guerre et Humanitaire

Comment aider les victimes de guerre sans devenir la proie ou l’auxiliaire de leurs persécuteurs ?

Les acteurs humanitaires entretiennent des relations ambigües avec la violence de guerre. Cherchant à en atténuer la rigueur, ils participent à des degrés divers à sa production, tout en étant susceptible d’être frappés par elle. Les études réunies ici s’interrogent sur la façon dont les humanitaires cherchent à « humaniser » la guerre et à faire face aux risques d’être victimes ou complices des auteurs de violence.

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Deux femmes responsables de matériel MSF en Iran
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MSF face aux dilemmes des enlèvements

Le 31 janvier s’est tenu à Sciences Po un colloque en soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous les deux chercheurs au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), arrêtés en Iran le 5 juin 2019. Roland Marchal a été libéré le 20 mars 2020 en échange de la libération d’un ingénieur iranien détenu en France. Fariba Adelkhah a été condamnée le 6 mai 2020 à 6 ans de réclusion pour « propagande contre le système politique de la République islamique et collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale ». La chercheuse a refusé une libération conditionnelle contre l'arrêt de ses recherches. 
Le colloque du 31 janvier a réuni diplomates, journalistes, humanitaires et chercheurs, dans le but de « nourrir la réflexion sur les prisonniers et les otages, d’un point de vue politique, juridique et éthique ». Fabrice Weissman y présentait l’expérience de Médecins Sans Frontières face aux enlèvements.  
 

Images from Bama
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La fabrique d’une « crise humanitaire ». Le cas du conflit entre Boko Haram et le gouvernement nigérian (2010-2018)

La contre-offensive menée par l’armée nigériane contre Boko Haram à partir de 2015 a entraîné une catastrophe sanitaire parmi les populations civiles déplacées. Cette catastrophe n’a été reconnue que difficilement, après qu’une alliance instable se soit progressivement forgée entre certains acteurs nationaux – politiques et militaires – et certains acteurs humanitaires internationaux pour formuler et s’accorder sur le diagnostic d’une « crise humanitaire » et essayer d’y remédier. Cela a ainsi permis de rendre visibles certaines dimensions du conflit tout en en invisibilisant d’autres, à commencer par la brutalité de la contre-insurrection de l’armée nigériane.

The shared MSF / ICRC helicopter exchanging passengers in Gumuruk. In the rainy season helicopter is the only reliable way to move around Pibor County in South Sudan.
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Pour en finir avec la loi du silence sur les kidnappings de travailleurs humanitaires

Cet article traite de la politique de secret absolu sur les enlèvements adoptée par les organisations d'aide. Il précise que le black-out de l'information sur les cas passés et actuels est en grande partie fonction du rôle croissant des sociétés de sécurité privées dans le secteur de l'aide, qui promeuvent une politique de "payer, ne pas dire" comme option par défaut, quelle que soit la situation. L'article soutient que le secret est autant un obstacle à la résolution des affaires en cours qu'à la prévention et à la gestion des affaires futures. Il suggère d'abandonner la politique de stricte confidentialité en toutes circonstances - une politique aussi dangereuse que facile à appliquer - au profit d'une approche plus nuancée et plus stimulante qui détermine dans quelle mesure il convient de rendre publiques les affaires en cours et passées pour chaque public, en gardant toujours à l'esprit les intérêts des otages actuels et potentiels.

The shared MSF / ICRC helicopter exchanging passengers in Gumuruk. In the rainy season helicopter is the only reliable way to move around Pibor County in South Sudan.
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A quoi sert le droit humanitaire ?

A entendre des porte-parole d’organismes humanitaires, les normes et principes qui fondent leur action sont battus en brèche depuis la fin de la Guerre froide, ce recul mettant en danger les équipes humanitaires et les opérations qu’elles conduisent. Il s’agit de s’interroger sur la pertinence de campagnes et de discours publics visant à réhabiliter le DIH, supposément mieux appliqué dans le passé et dont la promotion deviendrait, au vu des évolutions des conflits armés, un enjeu important de l’action humanitaire contemporaine. C’est donc à une réflexion sur la fonction politique du DIH, éclairée par son histoire, ainsi que par les attentes qu’on peut placer en lui, qu’est consacré cet article.

Rwanda Genocide
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Rwanda, de la guerre au génocide. Les politiques criminelles au Rwanda (1990-1994) ; Génocide et crimes de masse. L’expérience rwandaise de MSF, 1982-1997

Bien qu’il existe une littérature abondante sur le génocide au Rwanda en 1994, deux récents ouvrages offrent une nouvelle perspective et de nombreuses réflexions. Rwanda, de la guerre au génocide de André Guichaoua guide le lecteur au cœur du drame. Fondé sur des preuves particulièrement détaillées quant aux stratégies et tactiques des acteurs militaires et politiques clés, le livre décrit et analyse les actes des politiciens du génocide. L’ouvrage de Jean-Hervé Bradol et Marc Le Pape, Génocide et crimes de masse, l’expérience rwandaise de MSF, 1982–1997, offre une compréhension unique des conséquences d’un jeu politique meurtrier à la fois du point de vue des travailleurs humanitaires en général et de l’ONG Médecins Sans Frontières en particulier.

Rwanda
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Rwanda : Judi Rever et la recherche à tout prix d’un deuxième génocide

L’ouvrage de Judi Rever, In Praise of Blood, récemment paru, a gagné très rapidement une audience internationale. Il consiste en une double mise en accusation : celle du Front patriotique rwandais (FPR) et de son chef, Paul Kagame, mais aussi celle des États et des institutions internationales, qui ont contribué à ce que les crimes commis par le FPR contre des civils hutus depuis 1990 demeurent impunis. L’ouvrage de Judi Rever ne s’en tient pas à la seule investigation, il est conçu comme un réquisitoire au sens juridique du terme : la description des massacres est conduite de façon à établir la qualification de génocide. Et c’est justement cette articulation entre enquêtes et preuves à finalité judiciaire qui, à notre sens pose un problème.