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La réponse à l’épidémie d’Ebola : négligence, improvisation et autoritarisme

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Jean-Hervé Bradol
Jean-Hervé
Bradol

Médecin, diplômé de Médecine tropicale, de Médecine d'urgence et d'épidémiologie médicale. Il est parti pour la première fois en mission avec Médecins sans Frontières en 1989, entreprenant des missions longues en Ouganda, Somalie et Thaïlande. En 1994, il est entré au siège parisien comme responsable de programmes. Entre 1996 et 2000, il a été directeur de la communication, puis directeur des opérations. De mai 2000 à juin 2008, il a été président de la section française de Médecins sans Frontières. De 2000 à 2008, il a été membre du conseil d'administration de MSF USA et de MSF International. Il est l'auteur de plusieurs publications, dont "Innovations médicales en situations humanitaires" (L'Harmattan, 2009).

Cet article est paru dans le numéro inaugural de la revue "Alternatives Humanitaires" en février 2016.

Si MSF a tenu une place prépondérante dans la réponse à la crise Ebola, elle le doit autant à ses capacités d'intervention qu'à sa capacité de critique. Le présent article de Jean-Hervé Bradol incarne parfaitement cette dernière en pointant, sans faux-semblants, les questions mises en lumière à l'occasion de cette épidémie.

Pour la première fois dans l'histoire, depuis la découverte du virus en 1976, les institutions médicales ont dû organiser la réponse à une épidémie d'Ebola à grande échelle. Comme pour toute réponse à une épidémie particulièrement meurtrière, l'examen du résultat obtenu peut se faire en discutant l'impact de deux types d'actions sur le nombre de morts : celles qui avaient pour but de diminuer le nombre de nouveaux cas (l'incidence) et celles qui avaient pour but de réduire le nombre de morts au sein des personnes déjà infectées (la létalité). Entre le début de l'année 2014 et juin 2015(1), 27 550 cas avaient été enregistrés, principalement dans trois pays (Guinée, Sierra Leone et Liberia), dont 11 235 se sont soldés par la mort du patient.

Disons-le d'emblée, un tel résultat d'environ 41 % de décès parmi les cas enregistrés n'était pas acquis d'avance. En effet, parmi les 2 387 cas enregistrés lors des épidémies précédentes (de 1976 au Zaïre à 2012 en Ouganda), 1 590 décès (66 %) ont été rapportés(2). En réalité, dans ces épidémies où les cas se comptaient par centaines et non par milliers, la proportion des patients décédés parmi les personnes enregistrées comme cas d'Ebola a été sujette à d'amples variations dont les extrêmes sont : 90 % de décès en République démocratique du Congo (2003) et 25,1 % de décès en Ouganda (2007).


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