Dans le cadre de sa participation à la réflexion critique interne à MSF, le CRASH invite régulièrement des intervenants extérieurs, chercheurs et personnalités de la société civile, à venir présenter leur perspective et leurs travaux sur des problématiques générales qui rencontrent les préoccupations de l'action humanitaire.
A vocation interne mais également ouvertes aux personnes proches de l'association, ces conférences sont suivies d'un débat avec la salle
Prochaine "Rencontre-Débat" :
INFORMATIONS A VENIR
Présentation de l'ouvrage "Agir à tout prix ? Négociations humanitaires, l'expérience de Médecins Sans Frontières"
A l'occasion de son quarantième anniversaire, Médecins Sans Frontières dévoile dans l'ouvrage Agir à tout prix ? son expérience des négociations humanitaires. Récusant l'idée que « l'espace humanitaire se rétrécit », ce livre retrace l'évolution des ambitions de MSF, des obstacles qu'elle a rencontré et des stratégies politiques ayant permis (ou non) de les surmonter. Ce faisant, il montre qu'il n'y pas a priorid'espace légitime de l'action humanitaire qu'il suffirait de défendre au nom du droit et de la morale. La liberté d'action des organismes d'aide est le fruit d'un compromis négocié entre leurs intérêts et ceux des pouvoirs locaux et internationaux. Dans ces transactions, les objectifs des humanitaires peuvent s'infléchir jusqu'à en devenir méconnaissables. D'où la question qui traverse cet ouvrage : qu'est-ce qu'un compromis décent aux yeux d'une organisation comme MSF ?
Après la guerre, l'après-guerre : ce passage d'un contexte à l'autre, dont les lignes de partage ne sont pas si simples à tracer, pose la question de l'évolution des dispositifs d'assistance mis en place par MSF et des discours qui légitiment ses opérations. Avec la fin de la guerre, disparaît ce qui motivait initialement le déploiement des équipes MSF. Le temps des doutes succède alors au temps des certitudes. Comment MSF appréhende-t-elle son rôle face aux enjeux de l'après-guerre -stabilisation, reconstruction- et de ses nouveaux acteurs ? Comment (re)définit-elle ses stratégies et ses actions ?
Ce sont ces questions que Jean-Hervé Jézéquel et Camille Perreand viendront discuter à l'occasion de la sortie du cahier CRASH « Médecins Sans Frontières et les sorties de guerre», autour de deux cas particuliers : le Katanga et le Libéria.
Population errant dans les décombres en Haïti, bras tendus implorant des secours au milieu des crues au Pakistan : le traitement médiatique des catastrophes met invariablement en scène des victimes impuissantes, dépassées par le désastre, attendant d'être assistées.
Analysées dans leur contexte, vécues de l'intérieur, les catastrophes révèlent cependant une autre réalité, dont témoigne Sandrine Revet, anthropologue, à travers ses travaux sur les coulées de boue qui ont détruit un état côtier du Vénézuela en décembre 1999. En inscrivant cet événement dans une histoire locale des désastres et de leur prise en charge, elle montre comment la survie, les secours, l'assistance puis la reconstruction (dans ses dimensions physiques et symboliques) s'organisent, et éclaire les logiques des acteurs de " la Tragedia" : populations affectées d'abord et surtout, mais aussi hommes politiques, institutions, militaires, médias, et ONG.
Les contributions de MSF aux transformations de la médecine transnationale
Dodier, Nicolas
29 Octobre 2009
L'urgence et les contraintes de certaines catastrophes contraignent les équipes MSF à l'audace médicale et opérationnelle. Sortir des sentiers battus, des protocoles officiels, c'est prendre le risque de faire moins bien, de porter tort et de dilapider des ressources. Mais manquer d'initiative revient à s'accommoder de pratiques inefficaces sous prétexte de pauvreté et d'ignorance des populations affectées, ou de respect pour les recommandations internationales, les contraintes économiques, les autorités politiques.
Comment MSF a-t-elle fait face à ce dilemme ? L'ouvrage dirigé par Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal, Innovations médicales en situation humanitaires. Le travail de Médecins Sans Frontières retrace le chemin sinueux de l'innovation face à cinq pathologies Il décrit également les dispositifs sur lesquels MSF s'est appuyé pour introduire et diffuser de nouvelles pratiques. Nicolas Dodier partage avec nous sa réflexion sur la contribution de MSF à la transformation de la médecine transnationale.
Un divorce de raison ? MSF et la Cour Pénale Internationale
Bouchet-Saulnier, Françoise
08 Avril 2009
En 1998, MSF décidait de soutenir la création de la Cour pénale internationale « contre la banalisation des crimes de masse ». Que ce soit en tant que victimes ou témoins, il semblait aller de soi que nous devions participer à son fonctionnement au nom de la protection des populations et de la construction d'un « ordre public international plus juste ». Dix ans plus tard, MSF affirmait qu'elle « ne coopère pas et ne transmet aucune information à la CPI ». Nous devions désormais nous tenir à distance de la Cour au même titre que de toute autre structure de pouvoir politique.
Comment expliquer ce changement de discours ? La justice a-t-elle trahi ses promesses ou MSF les siennes ? Comment, en particulier, se situer par rapport au mandat d'arrêt lancé en mars 2009 contre le président du Soudan et aux mesures de rétorsion à l'encontre d'ONG opérant au Darfour ? Françoise Bouchet-Saulnier retrace l'histoire des relations entre MSF et les procédures d'enquête judiciaires, thème d'un cahier du Crash réalisé en 2007 avec Fabien Dubuet.
MSF, une organisation musulmane basée à la Mecque et pratiquant la zakat ? Une association soi-disant impartiale mais qui discrimine en fonction du poids et de la taille ? Un organisme dirigé par Kofi Annan ou une compagnie privée chinoise ?
Les raisons pour lesquelles nous sommes acceptés, tolérés et parfois rejetés par les sociétés où nous intervenons nous sont souvent obscures. Caroline Abu-Sada et ses équipes d'étudiants en sociologie lèvent un coin du voile. A la tête d'un passionnant projet de recherche mené avec MSF Suisse, Caroline a rencontré villageois, autorités locales et staff afin de comprendre comment MSF et les acteurs de l'aide étaient perçus. Partant d'enquêtes au Niger, Cameroun, Liberia, Kenya, Ouganda, Jordanie, Guatemala et en Irak, elle présente les premiers résultats de son travail.
Michel Agier, anthropologue et membre du CA de MSF-France, nous présente son dernier livre sur la gestion et l'encadrement des "populations indésirables". Ses réflexions remettent en question la facilité avec laquelle des ONG (dont MSF) se fondent dans le contexte des camps. Loin du cliché de la victime passive, il montre comment les "inutiles" bricolent dans les camps de nouvelles formes de mobilisations politiques. L'ouvrage souligne le rôle des ONG dans l'encadrement policier et la dépolitisation des populations en marge : le monde humanitaire est-il la "main gauche de l'empire" ?
La mission des nations unies au Congo, défi du maintien de la paix et désenchantement des populations locales,
Maindo, Alphonse
16 Avril 2008
Entre le clip « coco swing », le caillassage des véhicules UN et les actions (patriotiques ?) des serpents congolais, la réputation de la MONUC n'est pas au plus haut. Le désenchantement des populations congolaises à son égard est sans doute lié aux ambiguïtés de sa mission : est-elle une force indépendante au service de la paix ou l'une des factions du conflit congolais ?
La question de la MONUC, de son rôle et de sa perception par les populations a un impact certain sur les activités d'une organisation comme la nôtre. Alphonse Maindo, enseignant et chercheur, revient sur la situation actuelle au Congo, l'occasion également d'aborder sous un angle particulier nos vieilles interrogations sur les « confusions militaro-humanitaires ».
Richard Rechtman, psychiatre et anthropologue, s'interroge sur l'engouement public et psychiatrique pour le PTSD ou syndrome de stress post-traumatique.
Vingt ans après les grands concerts de charité en faveur du Sahel, acteurs politiques nigériens, bailleurs de fonds, agences de développement et organisations humanitaires se sont affrontés sur la réalité et sur l'ampleur de la crise affectant le Niger au cours de l'année 2005. L'identification de ses causes comme la nature des réponses à y apporter ont également fait l'objet de désaccords profonds. En réalisant l'opération d'urgence nutritionnelle la plus importante de son histoire, Médecins Sans Frontières s'est trouvée au cœur de ces controverses.
Réalisé à l'initiative de MSF, cet ouvrage collectif réunit chercheurs, consultants et praticiens de l'action humanitaire qui proposent différentes lectures de la crise nigérienne et de ses enjeux. Une conviction commune se dégage : celle que la mort de dizaines de milliers d'enfants chaque année, au même titre que la paupérisation et la marginalisation d'un nombre croissant de Nigériens ne sont pas des phénomènes naturels. Encore moins une fatalité.
Comment se décide l’attribution de l’aide humanitaire ? Le cas de l’Ethiopie
Enten, François
22 Juin 2006
François Enten, ancien chef de mission pour MSF-CH en Ethiopie, conduit actuellement une thèse en socio-anthropologie sur les mécanismes d'attribution de l'aide alimentaire en Ethiopie. Au terme d'une enquête minutieuse de terrain du niveau des villages à celui des administrations centrales et des bailleurs, il montre comment se fabriquent les données chiffrées sur la sécurité alimentaire - données qui comptent moins pour leur validité que comme outil de négociation et de consensus entre les acteurs du système de l'aide. Son analyse des Systèmes d'Alerte Précoce (SAP) et des fonctions politiques de l'aide alimentaire offre des clés de lecture originales pour l'Ethiopie comme pour d'autres contextes.
Comment naissent les maladies virales émergentes ?
Saluzzo, Jean-François
19 Avril 2006
L'utopie d'un monde débarrassé du risque infectieux a été emportée par le développement de la pandémie de sida. Au cours de ces dernières années, l'extension géographique de maladies virales connues et l'apparition de nouvelles menaces infectieuses ont confirmé l'importance cruciale et bien actuelle des menaces épidémiques. Quels sont les paramètres de l'émergence de ces maladies ? Que peut-on dire des pathologies infectieuses à venir ? Jean-François Saluzzo, directeur en charge du développement des vaccins contre les maladies virales émergentes chez Sanofi Pasteur répond à ces questions.
Les viols au coeur de l’activité guerrière au XX ème Siècle
Audoin Rouzeau, Stéphane
01 Décembre 2005
La guerre civile au Congo Brazzaville de 1998 à 2000 a suscité, pour MSF, une difficile prise de conscience sur la problématique des violences sexuelles en situation de conflit. Malgré le développement d'un protocole de prise en charge spécifique destiné aux victimes de ces violences, la mise en œuvre de tels programmes, du Darfour à la RDC, continue de se heurter à bien des obstacles, souvent liés à notre insuffisante compréhension de ce phénomène.
Stéphane Audoin-Rouzeau, chercheur et enseignant à l'EHESS, nous apporte un éclairage historique sur cette question.
L'éthique médicale universelle fonde - avec le droit à l'assistance humanitaire - notre liberté d'action sur le terrain. Cette référence figure dans la charte de MSF et, de façon implicite ou explicite, elle est présente dans nos discussions et nos choix mais nous ne savons pas précisément ce qu'elle désigne. En quoi se distingue-t-elle de l'éthique en général ou d'une obligation d'honnêteté professionnelle ? A-t-elle le même sens quelles que soient les législations nationales en vigueur, les conditions économiques, les usages sociaux du corps et les représentations de la maladie ? Fournit-elle un cadre pour arbitrer entre des impératifs contradictoires ?
Comment formuler ce questionnement, quelle portée lui donner, ces points et quelques autres seront abordés par Didier Sicard, professeur de médecine, chef de service de médecine interne à l'hôpital Cochin et président du Comité consultatif national d'éthique
Les laboratoires pharmaceutiques ont produit l'essentiel de leurs grandes découvertes dans les années 1960 et 1970. Selon Philippe Pignarre, les progrès accomplis dans le domaine du Sida au cours de ces dernières années masquent la panne d'innovation dans laquelle ils se trouvent depuis trente ans. Quelles en sont les raisons et qu'en disent les laboratoires? Pourquoi ceux-ci sont-ils si intransigeants sur la question des médicaments génériques pour les pays pauvres alors que ce marché est économiquement insignifiant pour eux? Pourquoi et comment la recherche sur le Sida a-t-elle décollé si rapidement dans ce contexte? Toutes ces questions sont liées selon Philippe Pignarre, historien et directeur des éditions «Les Empêcheurs de penser en rond» qui nous expose son analyse de la situation du médicament et proposer des pistes de sortie du blocage dans lequel se trouve la recherche clinique.
Nicolas Bancel, historien et spécialiste des questions coloniales, vient jeter un regard décapant sur les rapports entre colonialisme et humanitarisme.